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lundi 23 juillet 2012

Vive le métissage !


Littérature 

Un habitat collectif dans une rue malfamée de Montréal sert de cadre au récit de Lottin Wekapé sur la tolérance identitaire.
Il y a un peu plus de quatre ans et alors qu’il émigrait pour les Amériques, ceux qui avaient lu ses premières saillies chez L’Harmattan dans la collection Encres Noires avaient craint que ce départ ne soit l’hallali de sa créativité littéraire. Ce d’autant plus qu’il allait y rejoindre sa famille et poursuivre son activité principale d’enseignant de langue française. C’était visiblement un peu aller vite en besogne tout en ignorant que le changement d’atmosphère ne pouvait en aucun cas avoir gain de cause sur l’inspiration et la capacité d’adaptation de celui-là qui au fil des livraisons s’affirme comme l’un des narrateurs sur lequel il va falloir compter désormais.
Après donc ‘Chasse à l’étranger’, ‘Je ne sifflerai pas deux fois’ ou encore ‘Montréal mon amour’, voici ‘J’appartiens au monde’. Une fresque de la vie africaine à Montréal, cette destination rêvée pour nombre d’Africains, mais qui visiblement a du mal à recaser le trop plein de migrants qui s’y amoncelle au quotidien. Et pour bien évoquer la situation sans verser dans la flagornerie, Wekape a choisi une fillette d’une dizaine d’années pour nous faire vivre une ambiance que l’on peut situer aussi bien dans une capitale africaine, tant les histoires de chaque membre de la collectivité africaine ressemblent à s’y méprendre à ce qui se passe sur le continent berceau de l’humanité.
L’histoire est celle d’une brillante camerounaise qui débarque à Montréal pour y poursuivre ses études avant que sa naïveté ne lui joue des tours. Elle rencontre en effet un homme marié qui, l’instant de l’absence de son épouse, tombe sous le charme de sa bonne à mi-temps. Alors que Mlle Ngassam pensait avoir trouvé une épaule par moment difficile et un soutien dans cet univers qu’elle apprend à connaître, voilà que débarque l’épouse qui reprend son bien quand la voleuse de mari se retrouve à la rue, une grossesse sur les bras. Elle accouchera d’une petite fille intelligente qu’elle va commencer à détester. Car au fur et à mesure que la fille grandit, son sort à elle se détériore au point où elle échoue dans la déprime avant d’être à la fin du roman renvoyé dans son pays natal.
Au-delà du récit qui n’a rien d’original, c’est la qualité de la narration et l’art des rebondissements qu’il faut saluer chez Wekape. Son récit flirte parfois le polar avant de nous ramener dans les méandres de la vie difficile des émigrés. Où le bon (Slim) côtoie le moins bon (Rodriguez). Dans le roman, l’auteur prend également le parti de la diversité. En faisant de son héroïne une hybride qui réussit, il plaide en faveur d’une meilleure  considération et acceptation de l’étranger qui, loin des clichés et des stéréotypes est un être comme tout le monde. Il pose également par là la question de l’identité de ceux qui sont nés de la rencontre de plusieurs cultures au carrefour desquelles ils finissent par trouver leur voie, pour peu qu’on veuille simplement les laisser vivre en paix.
Avec l’issue heureuse de Lucifer-Espoir, l’auteur clame aussi une vérité qui dans sa culture d’origine continue d’avoir cours malgré les affres de la modernité et qui veut que l’enfant n’appartienne pas seulement à ses parents, mais à tout le village. A charge pour celui-ci de s’impliquer dans son évolution avec chacun sa sensibilité et son talent. Une vérité qui renvoie le lecteur où qu’il se trouve à questionner sa propre humanitude par ces temps où les valeurs de tolérance et de compréhension claudiquent sous les coups de boutoir d’un village global de plus en plus individualisé. Mais est-on seulement prêt à suivre cette voie ? Wekape lui ne demande que cela.
Lottin Wekape, J’appartiens au monde, France, L’Harmattan, 2012, 172 pages, 17 euros

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