Littérature
Face
à deux confrères, l’ancien Premier ministre relate son parcours politique sans animosité,
mais avec acrimonie, guidé qu'il a toujours été par le service de l’Etat.
Ce livre entretien c’est
avant tout une incursion dans la méthode Jospin de la gestion publique en
France. Une méthode qui n’est pas loin des valeurs inculquées à l’ancien
Premier ministre par son père, prof de lettres, et sa mère, sage-femme. Des parents qui bien que de sensibilité de
gauche étaient «attachés à la liberté de penser» et «formaient leurs jugements
eux-mêmes». L’homme a ainsi grandi «dans un milieu ouvert, libre, mais articulé
autour de valeurs éthiques.» Toutes choses qui allaient le prédisposer à la
bonne gestion des affaires publiques ? Sans doute. Mais auront été déterminant
pour le jeune fonctionnaire du ministre des Affaires étrangères qui s’engage en
politique grâce à des rencontres. Il y eut d’abord celle d’avec l’Allemand
Boris Fraenkel installé en France dans les années 60. En cette période où «Les
socialistes de la SFIO sont décrédibilisés par la guerre d’Algérie, et le PSU (qui)
ne perce pas politiquement», le jeune homme s’initie auprès de cet introducteur
de Marcuse en France et dévoreur de livres au trotskisme où «le cosmopolitisme
européen» figure en bonne place. Trotski lui apparaît alors comme un homme de
grande culture, ouvert sur le monde, ayant des liens multiples avec les
intellectuels et les artistes.
L’autre rencontre est
celle d’avec François Mitterrand après son adhésion au parti socialiste en juin
1971 au lendemain du fameux congrès d’Epinay. Il voit dans cette adhésion le
moyen de concilier ses convictions d’homme de gauche et sa formation pratique.
Commence alors une ascension qui, sans être fulgurante n’en est pas moins
particulière. Au fil de son récit, l’on sent un Jospin tout dédié au parti et à
la politique qu’il pratique désormais même en se rasant comme dirait son
nouveau mentor. Un lien presqu’intime se tisse entre les deux au fil des ans et
des victoires. C’est ainsi que deux ans après son adhésion il devient
secrétaire national à la formation du parti. Après quelques autres
responsabilités de premier plan, il devient numéro 2 puis Premier secrétaire
après la présidentielle de 1981 et le départ de Mitterrand pour l’Elysée.
Le septennat qui va suivra
va lui permettre de s’affirmer auprès des siens par son sens du travail bien
fait, de la bravoure et du courage. Derrière l’ombre de son mentor, il parvient
à se faire une place, fut-ce au prix de certains désaccords avec le président.
Des années qui, racontées par lui, permettent de se rendre compte qu’il est
devenu une forte tête qui, malgré la discipline du parti, n’hésite pas à
imposer sa donne. C’est ainsi qu’il décidera au grand étonnement de beaucoup
d’abandonner le parti pour aller au cours du 2è septennat de Mitterrand
s’occuper du ministère de l’Education nationale. Où il aura l’occasion
d’impulser des réformes et de mettre en pratique ce qu’il dessinait déjà dans
les années 70.
Comme souvent pour ce type
de personnalité publique, certains choix s’imposeront en quelque sorte à lui.
C’est le cas avec sa candidature à la présidentielle de 1995 alors qu’il n’est
plus dans le directoire du parti ; ou encore cette dissolution de 1997 qui
lui ouvre la voie de Matignon pour cinq années qui ont marqué l’histoire
récente de la France. Même l’échec au premier tour en 2002 restera aussi comme
quelque chose d’imposé par la destinée. Trahi par une gauche qui refuse de
s’unir derrière lui alors qu’il a un bon bilan à défendre. Il prend donc sa
retraite politique à une marche du sacre. De ce retrait beaucoup sera dit, mais
pour Jospin, il était alors question de prendre ses responsabilités et de
«réintroduire la gravité» dans «l’inconséquence de la gauche dans cette
élection». Au bout du parcours, il estime avoir «trois motifs de
satisfaction : avoir agi selon les convictions et sans cynisme ;
s’être efforcé de servir l’intérêt général ; se sentir, non pas apprécié
par tous, mais aimé de certains et respecté par beaucoup.» Et si c’était cela
qui l’avait empêché d’atteindre, finalement, le graal de l’Elysée ?
Lionel
raconte Jospin, entretien avec Pierre Favier et Patrick Rotman, Paris, Seuil,
Janvier 2010, 272 pages.
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