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mardi 29 mai 2012

Charlotte Dipanda



Je revendique mon africanité
De passage au bercail, la chanteuse évoque sa carrière et ses combats.

Vous êtes à Yaoundé dans le cadre d’une action caritative en direction des enfants via le Rotary. Comment en êtes-vous venu à rejoindre ce projet ?
Pour moi, c’est un élan de charité et de solidarité exprimé par le Rotary qui m’a simplement contacté et convaincu. Je me suis alors dit pourquoi ne pas m’investir dans cette initiative vu que je ne suis pas qu’une chanteuse. Je vais donc donner de ma personne pour aider les enfants.
N’avez-vous pas peur que cette invitation ne soit un couteau à double tranchant pour vous dans la mesure où le Rotary charrie un certain nombre de commentaires pas toujours amènes ?
Oui j’en ai entendu parler. Mais je ne fais pas de politique, je ne suis guère là pour juger les uns et les autres. Il m’a été présenté un projet et je me contente d’y adhérer. Je ne fais point partie du Rotary, je n’en suis pas membre. J’espère que les gens vont être suffisamment lucides pour faire la part des choses. Je rappelle que dans cette opération, ce n’est pas le Rotary que je défends, mais une cause que porte le Rotary.
 En quoi consiste concrètement votre action dans cette opération ?
Mon action consiste à convaincre les gens à venir aux deux concerts que je vais donner les 8 et 9 juin respectivement au Palais des congrès de Yaoundé et à Douala Bercy. Les fonds de ces concerts seront reversés au Rotary pour l’aider à construire cette maison de l’enfance.
On subodore déjà qu’il y aura du monde comme lors de vos récents passages …
(elle coupe) Mon implication dans ce projet est un moyen pour moi d’interpeller mes fans dans leur devoir citoyen de venir en aide aux plus démunis. Toute seule, je ne pourrais pas y parvenir. Je veux que le public contribue aussi à cette chaîne de solidarité qui sous-tend ce projet. L’histoire retiendra que chacun en déboursant une somme pour un ticket d’entrée au spectacle, aura contribué à l’édification de cette maison.


A chaque concert depuis votre premier album, les salles sont pleines et l’on se demande bien à quoi est-ce dû. A votre niveau, quelle analyse faites-vous de cette popularité ?
Je ne saurais le dire. Je souligne même que je n’ai même pas envie de comprendre ce qui se passe parce que je ne veux pas me figer dans cela. C’est simplement quelque chose que je savoure pleinement à chaque fois et je suis agréablement surprise de voir le bonheur sur les visages des gens. Je suis très touchée par cette estime que les gens ont vis-à-vis de moi et j’en profite tout simplement. Je fais l’effort d’être moi-même et j’espère que c’est cet écho là que mon public ressent quand il vient m’acclamer à concert ou m’écouter lors des conférences de presse. Et comme je compte rester moi-même, je présume que nous avons encore, mon public et moi, de belles années devant nous.
Vos concerts frisent parfois avec un envoûtement, exhalent un parfum de fort magnétisme entre vous et le public. Y aurait-il une explication ?
C’est vous qui voulez expliquer. Moi je pense pour ma part qu’il s’agit là de quelque chose de spontané qui mérite d’être vécu. Moi je le vis pleinement sans chercher à savoir pourquoi ou comment. Je veux juste garder la lucidité d’un enfant qui est heureux après qu’on lui ait offert un bonbon. Je veux garder ce côté espiègle de la situation, car je ne veux pas trop «cérébraliser» ou comprendre ce qui se passe. En le faisant, je courrai le risque de tout calculer, d’être moins naturelle et spontanée, ce que je ne souhaite pas.
Votre émergence arrive au moment où les chanteuses camerounaises, et Dieu sait qu’il y en a eu, ont disparu de la scène soit par la mort (Charlotte Mbango), soit par une retraite qui dure (Grâce Decca ou Sissy Dipoko). Comment gérez-vous ce statut-là ?
C’est seulement lorsque l’on en parle que je réalise la situation qui me confère encore plus de responsabilité vis-à-vis du public camerounais. Pour avoir été chanteuse de cabaret, je sais également qu’il y a des chanteuses de talent au Cameroun. Aujourd’hui c’est peut-être Charlotte Dipanda, mais demain, les Sanzy Viany, Gaelle Wondjè ou lorenoare. Pour moi, le rêve est qu’il existe le maximum de chanteuses au-devant de la scène afin que nous défendions ensemble la musique, la culture de notre pays.

Quels rapports entretenez-vous avec vos devancières de la chanson qui sont un peu en retrait de la scène musicale en ce moment ?
 L’avantage que moi j’ai c’est d’avoir été choriste derrière ces artistes-là. Ce faisant, je n’ai pas lésiné sur le respect que je devais leur donner. A chaque fois, j’étais en admiration de toutes ces chanteuses. Nos rapports n’ont pas beaucoup changé dans la mesure où ces aînées qui m’ont pris la main et offert des opportunités incroyables sont toujours dans mon cœur. Nos rapports pour me résumer sont emprunts de respect, car ces aînées restent des gens qui m’ont donné envie de faire ce métier.
Ces chanteuses ont-elles eu quelque influence sur votre parcours artistique ?
Forcément. Je me contenterai de parler de l’influence au niveau du travail qu’elles ont abattu. Lorsque vous arrivez dans une famille comme nouveau-né, vous trouvez des parents ainsi que vos aînés et c’est à vous de trouver votre place. C’est dans cette optique-là que je me situe. Le travail qu’elles ont fourni me sert de base pour trouver ma voie et permettre à l’ensemble de se pérenniser.
Qu’est-ce que le cabaret vous a apporte dans votre façon de faire la musique ?
Tout ou presque. Ma façon de me mouvoir sur scène, de me préparer, d’être à l’aise avec les musiciens…La relation au public, c’est le cabaret qui m’a appris ça ! Quand vous chantez tous les soirs devant un public différent à chaque fois et sans que vous ne sachiez s’il aime ce que vous faites ou pas, cela vous apprend à affronter tout public. Avec le cabaret, j’étais en concert tous les soirs et cela m’a formé pour affronter toutes sortes de publics. J’ai aussi appris grâce au cabaret à gérer le stress d’avant scène et une fois sur scène, j’ai l’impression d’être à la maison.
Depuis votre départ du Cameroun, vous avez été comme adoubé par des aînés de premier plan. A quoi est-ce dû ?
Je ne saurais franchement vous répondre. A chaque fois que j’ai travaillé avec les grands noms, je me mettais toujours au service de la musique. C’est peut-être cette approche là qui a convaincu ces illustres aînés à s’impliquer dans mes projets. J’ai toujours eu de bons rapports avec tous ces artistes-là aussi bien en tant que choriste qu’en tant que chanteuse solo, parce qu’ils n’ont jamais eu le sentiment qu’il y avait un quelconque conflit. Je venais toujours pour servir la musique tout court et pour rien d’autre. Les reste s’est fait naturellement.
Avec «Dube Lam» votre deuxième album, on a comme l’impression que vous avez franchi un nouveau cap, que vous avez mûri. Et du coup l’on a envie de savoir quel horizon esthétique vous vous êtes fixé.
Bien sûr que je me suis fixée un horizon. Mon but c’est que mes œuvres restent, durent. Et une stratégie est forcément la bienvenue à ce moment là. Dans 2à ou 30 ans, je veux que les mélomanes aient toujours du plaisir en écoutant mes compositions. C’est dire que même quand je ne serai plus physiquement présente, que mes œuvres soient toujours consommées, que je continue d’exister à travers ma musique. C’est cela même ma démarche professionnelle. C’était «Mispa» hier, aujourd’hui c’est «Dube Lam» et demain ce sera autre chose. Mais dans cette quête de quelque chose, je veille à ce que mes CD puissent exister à côté de grands noms comme Roosevelt Eko ou Guillaume Toto qui eux ont contribué à l’épanouissement de la culture camerounaise.
Vous voulez donc laisser une empreinte sur la culture camerounaise ?
Si ce n’étais pas le cas, je ne vois pas pourquoi je ferai ce métier. Mon but, je le répète, c’est contribuer à la construction de l’édifice culturel camerounais.
Quels sont vos projets artistiques du moment ?
Je suis en tournée depuis le mois de décembre. J’étais en Russie il y a quelques semaines, au mois mais je serai à Montpellier et en juin au Cameroun, en Bulgarie et en Italie… Je serai sur la route jusqu’en août.
Lorsque vous regardez le chemin parcouru jusqu’ici, qu’est-ce que cela vous inspire comme commentaire ?
Je me dis que j’aimerai associer ma vie d’artiste à la vie de femme que j’ai envie de mener. Ce qui se passe en ce moment me fait un peu peur. Je pensais jusqu’à il n’y a pas longtemps qu’il suffisait d’aller en studio et de sortir un album, que l’après album n’était pas important ; je ne mesurais pas combien était importantes les dates de concert et les tournées. Je vous avouerai que le fait de savoir que je ne peux pas poser mes valises quelque part un mois de suite me fait peur parce que je tiens à garder cet équilibre social qui m’est cher et qui ne s’accommode pas d’une chanteuse qui est tout le temps sur la route.
C’est un challenge difficile. Pensez-vous y parvenir un de ces jours?
Je vais essayer. C’est pas gagné, mais le plus important c’est que j’ai en mémoire que je dois le faire et après je m’en donnerai les moyens d’y arriver.
Sur la scène aujourd’hui, le chant féminin qui a porté notre musique des décennies durant est en train de perdre en quantité, quoique des figures comme vous ou comme Queen Eteme voire de jeunes pousses comme Sanzy Viany rivalisent d’adresse pour ce qui est de la qualité. Cela constitue-t-il pour vous un problème ?
Bien sûr. C’est pourquoi j’espère que d’ici à quelques années d’autres voix vont sortir de l’ombre des cabarets. Parce que des voix féminines, il y en a. S’agissant du potentiel, je suis optimiste. C’est pourquoi j’en appelle à une structuration de la musique camerounaise afin de permettre à ce potentiel immense d’éclore. Ces chanteuses ont besoin simplement d’une plateforme de qualité pour exprimer leurs qualités.
La question des droits d’auteur semble ne pas trouver grâce à vos yeux dans la mesure où l’on ne vous a pas entendu sur la bataille en cours entre la SOCAM et la CMC. Pourquoi ?
Je préfère ne pas en parler parce qu’il y a des personnes qui le font sans doute mieux que moi et que ma mission  vis-à-vis du peuple camerounais c’est de faire une musique de qualité. Et c’est cette mission là qui me préoccupe le plus. Cela dit, je suis triste de constater que mes musiques sont jouées au Cameroun et que je ne perçois toujours aucun centime. C’est dommage, aberrant, ubuesque. Mais si je laisse la composition et le chant pour me lancer dans ce combat là, je ne suis pas sûr d’être à la hauteur de l’artiste que je suis devenue. Je suis cependant heureux que malgré la piraterie ambiante, les gens se battent pour acheter des CD originaux de Dipanda. C’est d’ailleurs une façon pour moi de mener ce combat ; une façon de dire que même si je ne connais pas les dessous de ce qui se passe pour qu’on en arrive à ce niveau de dégradation de l’appréciation d’une œuvre d’art, je peux réconcilier le public avec la chanson camerounaise. Dans cette affaire, plus que de débattre, j’agis à travers mon travail.
Dans la foulée de «Mispa», vous avez convoqué une flopée de rythmes dans le projet «Dube Lam». Des rythmes du même terroir certes, mais différents au niveau de la texture. Pourquoi cela ?
 Mon combat aussi c’est de revendiquer mon africanité, ma camerounité; c’est de dire que je viens de quelque part. Le destin m’a fait naître dans un espace d’une richesse musicale à nulle autre pareille et mon travail consiste à la faire connaître et à la partager. Beaucoup de Camerounais ne connaissent que le makossa ou le bikutsi, mais il y a autre chose. Je pense que l’art n’est pas cartésien, quelque chose que l’on peut enfermer dans une boîte. Moi je ne me définis pas comme un artiste qui fait tel ou tel rythme. Je laisse le soin à vous critique de le faire. J’ai un bagage étendu que je dois partager avec mes fans. Et à dire vrai, une carrière ne suffirait pas à butiner tous les trésors de la musique camerounaise. J’apporte simplement ma contribution.
Entretien avec Parfait Tabapsi

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