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jeudi 18 avril 2013

Uwe Jung : Passionné de l’histoire coloniale germano-camerounaise

Patrimoine

Le bibliothécaire du Goethe Institut est un incollable de cette histoire qu’il aime bien partager.
Physiquement, il ne passe guère inaperçu. Le responsable de la bibliothèque du Goethe Institut Kamerun (GIK) n’est pourtant pas qu’une force de la nature. Lui qui valorise son temps libre à explorer l’histoire de la colonisation allemande au Cameroun. Avec un certain entrain d’ailleurs. Oui Uwe Jung est comme tombé amoureux de ce pan de l’histoire de son pays depuis dix ans qu’il est à Yaoundé. Arrivé ici au départ «pour un projet qui a fait long feu», il est resté sans doute par curiosité.

Une curiosité qui depuis son recrutement en 2005 au GIK est allée crescendo. En se voyant confier la responsabilité de la bibliothèque, il a trouvé là un signe du destin pour poursuivre son envie de connaître l’histoire de la rencontre de son pays d’accueil et de son pays d’origine. Surtout qu’il a trouvé dans la bibliothèque un important fond sur l’affaire. Dès lors «connaître cette histoire devient important à [ses] yeux, et pas que pour [son] travail seulement». Il sera aidé dans cette quête par son background universitaire, lui qui, à Humboldt à Berlin, a appris aux côtés du Pr Albert Wurz qui lui a visiblement transmis le virus de l’histoire africaine.
Il plonge ainsi dans les archives parfois bien rares mais ô combien intéressantes. Où il trouve que «à côté de l’histoire officielle, il y a d’autres pans inconnus, plu secrets». Tout naturellement, son attention est focalisée sur Yaoundé. Commence alors la recherche de toute relique ou archive sur cette histoire camerouno-germanique. Recherches qui l’amèneront notamment aux Archives nationales et qui lui permettront de se rendre compte de ce que «beaucoup d’actes officiels manquent à l’appel. Mais j’ai trouvé des actes clôturés en 1914 au début de la guerre. Ceux d’après ont été vraisemblablement détruits pendant la 2è guerre à Postdam en RFA même, ainsi qu’après le traité de Versailles».
Mais déjà, il a découvert que «Yaoundé n’a jamais été la capitale la capitale politique du Cameroun du temps de l’occupation allemande. Buea est resté capitale jusqu’à la fin». Une révélation qui rame à contre courant de bien d’études sur la question et qui en appelle à une authentification. En attendant, voici son argumentation : «en 1910, il y a une éruption volcanique à Buea et les colons se retirent pour mieux revenir une fois le danger évacué». Il a aussi noté qu’avec la passation de pouvoir, les nouveaux colonisateurs ont détruit nombre de sites de la colonisation allemande. Pour l’avenir, il souhaite que l’histoire soit «démocratisée, c’est-à-dire qu’il faut donner la possibilité à chacun de s’intéresser à l’histoire». Au GIK d’ailleurs, ils y aident ceux qui le veulent bien au moyen d’archives tenues. Archives où l’on pourra se rendre compte que «sans Georg Zencker, Yaoundé n’aurait jamais existé», que «un poste allemand a été créé pas loin du pont sur le Mbam en 1893», ou encore que «il y a une odeur de corruption entre Allemands et Camerounais à la station de Yaoundé». Des choses qui rendent cette odyssée dans l’histoire récente du Cameroun plus que succulente. Ça vous dirait ?

PT.

vendredi 12 avril 2013

Ambroise Kom :Je suis un citoyen libre de sa parole

Interview Littérature

Après une quinzaine d’années de va-et-vient entre le Cameroun et l’étranger, l’un de nos plus valeureux chercheurs et critique littéraire est rentré au bercail il y a quelques semaines. Avec sous le bras un énième recueil de ses textes d’analyses des œuvres africaines produites localement ou en diaspora. Occasion pour nous de lui rendre une petite visite et d’avoir une conversation à bâtons rompus sur nombre de sujets concernant la vie littéraire et critique en ce moment où l’on a en mémoire le fameux colloque de Yaoundé organisé en avril 1973 sous la houlette de l’un de ses mentors Thomas Méloné. Et comme à son habitude, il n’a fui aucune question, répondant avec la même verve qu’on lui connaît, lui qui par ailleurs est l’un des piliers du projet de l’Université des Montagnes de Bagangté dans le cadre de l’Association pour le développement de l’éducation (AED).

Entretien avec Parfait tabapsi

Ambroise Kom
En lisant le titre de votre dernier ouvrage, on a comme l’impression qu’une certaine urgence a présidé à sa préparation et à sa publication, ce d’autant plus que les manifestations des «indignés» enrayaient la planète entière. Est-ce bien cela ?
Il me semble qu’une indignation peut en cacher une autre. Vous faites sans doute allusion à Stéphane Hessel dans votre référence aux manifestations des indignés qui enrayaient la planète entière. Le génie des grands esprits comme Hessel est de trouver le mot juste ou la formule idoine pour résumer une situation qui prévaut à un moment donné de l’histoire. C’est ce qu’on a connu par exemple avec Frantz Fanon lorsqu’il publie «Les Damnés de la terre». Contrairement à ce que vous suggérez, mon ouvrage n’est nullement le fruit de quelque urgence. Il s’agit essentiellement, comme vous l’avez vu, d’une collection d’essais produits au cours des 20/25 dernières années de ma carrière. Et ici, l’indignation renvoie davantage à Yambo Ouologuem puisque le devoir d’indignation «subliminalise» le devoir de violence. L’indignation ayant présidé à ma démarche intellectuelle, il m’a semblé que le devoir d’indignation résumait assez bien le contenu de l’ouvrage. J’avais d’abord proposé «En attendant le messie…» comme titre mais l’éditeur a trouvé cela un peu trop provocateur !

Parlant de Frantz Fanon justement, il a dit dans «Les damnés de la terre» que la mission de l’écrivain africain c’est de «secouer le peuple (…) de se transformer en réveilleur du peuple», cela par la production d’une «littérature de combat, une littérature révolutionnaire». Vous situez-vous dans cette perspective fanonienne en écrivant ou avez-vous d’autres motivations ?
Par certains côtés, je suis effectivement un disciple de Fanon mais je ne saurais prétendre me situer au même niveau que l’illustre analyste de la condition du dominé. Nous avons hérité de Fanon des concepts pertinents pour décrypter notre réel et c’est ce que j’ai essayé modestement d’exploiter. Nous ne devons pas nous fatiguer de lire et de relire Fanon dont l’œuvre n’a point de rides.

A vous lire, l’on voit bien que la méthodologie critique que vous convoquez pour analyser les écrits des auteurs africains et de la diaspora sortent des sentiers de l’orthodoxie académique occidentale. Quelle en est la justification ?
Je ne sais pas ce que vous entendez par «orthodoxie académique occidentale». J’ai toujours été et je demeure un critique africain des productions culturelles des peuples noirs d’ici ou d’ailleurs. Pour y parvenir je recours aux concepts les plus opérationnels qu’ils aient été élaborés par des Asiatiques, des «Occidentaux» ou des Africains. Je ne me suis jamais refugié derrière des frontières par choix idéologique. Partout où je trouvais des sources fécondantes, je m’y abreuvais. Et il vous appartient de juger du résultat qui se trouve en partie dans cet ouvrage.

Votre «subalternité consciente» vous range dans ces études postcoloniales qui pour d’aucuns –à l’instar de Jean-François Bayart- constituent une sorte de «carnaval académique» de mauvais aloi. Quels arguments leur brandissez-vous ?
Je n’ai pas d’arguments particuliers à opposer à qui que ce soit pour affirmer ma subalternité. Je la démontre. J’ai cité Jean-François Bayart en passant parce que j’avais trouvé sa formule un peu curieuse. Mais en fait, la thèse de Bayart est assez simple puisqu’il prétend essentiellement que les théoriciens de l’Hexagone ont aussi étudié la condition du subalterne bien avant les Asiatiques et autres universitaires américains. Et donc qu’il n’y a rien de neuf dans ce concept. C’est son avis et ce n’est pas le mien. Je considère qu’au-delà de la contribution des théoriciens français que cite Bayart, des critiques d’autres horizons tels que Spivak, Said, Bhabha, Fanon, etc. ont contribué de manière significative à construire l’identité du subalterne.

L’exil et la diaspora africaine irradient vos écrits. De quel poids ces deux thématiques pèsent-elles dans la pensée africaine actuelle ?
Je n’invente ni l’exil ni la diaspora. Il s’agit d’une réalité qui impacte la vie africaine contemporaine. La littérature ou plutôt la culture africaine produite en exil par la diaspora africaine est de loin supérieure à la production qu’on trouve sur le continent, surtout en pays francophone. La qualité de l’expertise africaine de la diaspora est de loin meilleure que la continentale. Depuis la fin des années 1980, la diaspora africaine en Europe et en Amérique du Nord est d’une importance qu’il faut être sourd et aveugle pour ne pas en tenir compte. Et cela se voit dans le domaine culturel et économique. Comment oublier qu’au cours des 15 dernières années je vivais à cheval sur l’Afrique, l’Europe et l’Amérique du Nord puisque j’enseignais aussi bien au Cameroun qu’aux USA en transitant constamment par l’Europe où je faisais pas mal de rencontres avec la diaspora dans mon effort de promouvoir l’Université des Montagnes (UdM). La diaspora camerounaise apporte une contribution importante à l’UdM et j’ai dispensé plusieurs enseignements sur l’exil en général et sur la diaspora africaine en particulier. Il s’agit d’une problématique très riche dans le travail que je fais aussi bien dans l’enseignement que dans la construction de l’UdM.

jeudi 21 mars 2013

Guillaume Oyono Mbia: une vie au service de l’écriture

Portrait théâtre

L’auteur de «Trois prétendants un mari» coule des jours paisibles en son village de Mvoutessi II où il nous a reçu le 11 février dernier.

Au seuil de son domicile. fév.2013
Lorsque Joseph Fumtim et moi nous engouffrons dans un car de transport en commun depuis Yaoundé ce 11 février en direction de Mvoutessi II, nous parions presque sur la manière avec laquelle notre hôte nous recevra. A force, nous finissons par nous en remettre à sa bonhommie qu’il m’est déjà arrivé de tester par le passé lors de l’un de ses passages à Yaoundé où il vient tous les mois toucher sa pension retraite. Ce qui nous conforte également c’est l’entregent de notre facilitateur, l’écrivain Anne Cillon Perri qui vient de publier, avec Fumtim, la première biographie du guitariste Zanzibar chez Ifrikiya et dont la dédicace est programmée pour la semaine suivante.
Une fois à destination, c’est les bras ouverts que le dramaturge prolifique Guillaume Oyono Mbia nous accueille dans sa grande cour. Après avoir pris place à la véranda où les présentations n’en finissent plus de durer, voilà son épouse qui, en accoutrement de cultivatrice, fait irruption pour nous souhaiter la bienvenue et nous dire combien nous sommes chez nous ici. Il n’en faut pas plus pour instaurer une confiance nécessaire aux échanges dont nous sommes impatients de commencer. Echanges au cours desquels il nous a fallu prêter l’oreille, car notre interlocuteur n’a pas l’habitude d’élever la voix.
A écouter notre hôte, sa vie a connu bien de stations qui, chacune, a conditionné quelque peu la suite. Il y eût d’abord l’enfance à Mvoutessi, puis l’école primaire à Metet, à 20 km de son village. Premier voyage pour aller à l’école. Avec cette «chance» qu’ici, ce sont les missionnaires qui ont les meilleures écoles en cette période d’après-guerre. L’élève Mbia va donc s’adonner à cette nouvelle vie avec un entrain certain d’autant plus qu’ici, c’est un peu le prolongement de la vie au village. L’Eglise protestante américaine met en effet un point d’honneur à ce que les élèves apprennent d’abord les langues du terroir avant d’en découdre avec les langues étrangères.
A l’époque, il profite des vacances au village pour s’imprégner des pratiques culturelles qui vont lui servir plus tard comme toile de fond à ses œuvres. Parlant du théâtre, il dit «Dans la société traditionnelle, le théâtre renvoyait aussi au jeu, aux danses qui n’étaient rien d’autre que la mise en exergue d’une gestuelle observable dans la vie quotidienne. Et dans cette société, la gestuelle importait plus que la musique qui la portait. Le théâtre rentrait ainsi dans cette volonté de parler de la vie ou de l’histoire et des mythes d’un peuple via la musique, la danse, les contes... Les soirs, la grande cour servait de lieu d’expression de tous ces arts pour le bonheur des enfants que nous étions.»

Missionnaires
Il continuera ainsi jusqu’à son Certificat d’études primaires et élémentaires (CEPE) qui sanctionnera son cycle primaire. Certificat qu’il ira quérir, non sans péril, à Mbalmayo, soit à 40 km environ de Metet. Occasion qui lui permettra de se rendre compte de la solidarité camerounaise, vu que lui et ses camarades seront l’objet d’une hospitalité de familles qu’ils ne connaissent pas. Viendra après le collège. Une deuxième station qui aura pour théâtre Libamba, très loin de son terroir d’origine, mais toujours chez les missionnaires chrétiens. Là bas, il est inscrit directement en classe de quatrième. Et pourquoi donc ? Voici sa réponse : «J’ai eu une chance mon grand oncle enseignait l’allemand à l’époque de la colonisation germanique. Il me l’a enseigné. Au cours d’une récréation à Metet, le maître a découvert que je parlais cette langue et s’en ouvert à la directrice. C’est ainsi qu’après mon CEPE, je suis envoyé au Collège Libamba où j’ai été inscrit en classe de 4è.» Ce qui n’a entamé en rien sa capacité à se hisser toujours au sommet. Il traversera d’ailleurs les classes suivantes comme une comète, avec des résultats plus qu’honorables vu qu’il sera toujours le premier.
Curieux n’est-ce pas ? Mais on est loin d’en avoir fini. Car en classe de Seconde, par une confusion que seule l’histoire a le secret, il va inscrire son nom au panthéon du théâtre national et international. Parole à Oyono Mbia : «Une cousine avait été contrainte d’aller en mariage contre son gré. J’en ai profité pour noter tout ce que je voyais et entendais dans un cahier. Et à l’heure de remettre un devoir de classe, j’ai confondu de cahier et remis celui de mon histoire. C’était à un retour de vacances. J’étais le meilleur élève de français, anglais, allemand et musique. Mon prof revient me voir le lendemain et me dit de venir à son bureau pour m’annoncer que j’ai écrit une pièce de théâtre, ce qui me surprend. Dans la foulée, il va voir le directeur et c’est ainsi qu’un congé supplémentaire m’est donné pour finir la pièce. Cela m’a pris six jours pour la terminer. Voilà donc la petite histoire de «Trois prétendants un mari». Puis elle a été montée et jouée à Libamba pour la première fois par des camarades. En présence des élèves de Sacré cœur de Makak et les autorités administratives du coin.»

Concours et bourse
On en est à se demander ce qui se passe que la compagnie française UAT/AIR France lance un concours en direction des élèves d’Afrique avec pour thème «Le rôle de l’avion dans le développement des pays africains». Bien que n’ayant pas vécu près d’un aéroport, le jeune premier s’appuie sur sa culture générale issue de ses lectures aussi bien en anglais, français qu’en allemand pour remporter le concours dans la section des 2è cycles du secondaire. A l’annonce de la nouvelle un jour de 161, il s’en trouvera des camarades et des enseignants pour balancer un «encore lui !» que Mbia n’écoute que d’une oreille. Car déjà, il doit prendre l’avion, non sans que son directeur, un Américain réputé pour sa retenue, n’ait exécuté des pas de danse improvisés dans la cour du collège et que son père lui ait envoyé un costume pour son périple français. C’est ainsi qu’au milieu des années 50, le jeune élève va découvrir Paris par un soir d’été, le tapis rouge en prime.
A son retour, sa réputation est faite. Et il commence à être sollicité. Mais c’est le gouvernement britannique qui trouvera la meilleure parade pour prendre ce génie aux talents multiples dans son escarcelle. Ce sera sous la forme d’une bourse d’études de la British Council, alors même que Mbia n’a fini que la première partie de son baccalauréat. Il s’envolera donc pour Londres en 1964 où il s’inscrira dans une école d’interprétariat, la London Tuition Centre, School of English. Bien qu’il soit le seul Africain, il n’en sortira pourtant pas moins major au bout de quatre ans. Comme quoi le génie n’a que faire des frontières. Après sa formation, il est sollicité par des universités anglaises et décide de poursuivre des études dans en langue anglaise qu’il achève également haut la main comme à son habitude. Ce panorama anglais serait incomplet si l’on ne signalait pas qu’il dût présenter avec succès le GCE à son arrivée au pays de Samuel Beckett.
Tout en poursuivant ainsi ses études, il ne manque pas de faire un clin d’œil au théâtre qui l’a consacré au pays. Déjà Ambroise Mbia, qui n’est pas encore son beau-frère, à travers sa troupe ‘Le jeune théâtre africain’, multiplie les représentations de «Trois prétendants un mari» en France. Avec au générique les Marcelline Alessi, Nicolas Soglo, Bitty Moro, Jenny Alpha et autres Jacques Lisette et Graziella Dorville. L’auteur de la pièce y fera plusieurs allers-retours tout en continuant à écrire. C’est ainsi que sa nouvelle pièce «Jusqu’à nouvel avis», écrit initialement en anglais sous le titre «Until Further Notice», recevra le prix BBC en 1966. Il profite aussi de cette aura pour visiter les Etats-Unis, non sans irradier la presse anglaise. Le très sérieux The Guardian lui accordera plusieurs pages dans son édition du mardi 13 février 1968 avec ce titre «Switch and collect» où le dilemme d’Oyono Mbia sur le sens de son écriture est présenté. Lui qui en Angleterre écrit sur son pays et qui une fois de retour au Cameroun sera sommé d’écrire sur l’Angleterre.
C’est sur ces entrefaites que Mbia retourne au pays natal où il rejoint l’université pour y enseigner. Il y poursuivra une carrière riche jusqu’à la retraite il y a quelques années tout en occupant des fonctions au ministère de la Culture. Aujourd’hui abandonné à lui-même dans son village, il continue pourtant d’écrire et d ‘enseigner la musique qu’il aime tant, au milieu de bien de prix et récompenses, témoins d’un passé finalement fulgurant. Sur ses droits d’auteur, il est très amer. Son épouse de plus de trente ans n’en finit plus de raconter cette anecdote qui veut qu’à la SOCILADRA, il n’ait pas toute la considération que son travail d’auteur mérite. Le 2 mars dernier, il a eu 74 ans qu’il ne fait d’ailleurs pas.
Parfait Tabapsi

Oyono Mbia en dates
2/03/1939 : naissance à Mvoutessi
1963 : publication de «Trois prétendants un mari» aux éditions CLE
1964 : départ pour Londres
1969 : retour au Cameroun après avoir été 2è au concours ORTF avec «Notre fille ne se mariera pas»
1970 : lauréat de la 1èr édition du «Prix  El Hadj Ahmadou Ahidjo» avec les versions française et anglaise de «Trois prétendants un mari»
1979 : chevalier de la Pléiade, ordre de la francophonie et du dialogue des cultures
2000 : officier de l’ordre national de la valeur
 

vendredi 1 mars 2013

Têtes brûlées, un label à relifter



Musique, concert

Avec le spectacle du 22 février dernier, le mythique groupe n’a pas été à la hauteur de sa réputation. On attend encore les véritables héritiers de Zanzibar et Soul Mangouma.
Roger Bekongo pendant les répétitions.
Escroquerie ? Imposture ? Difficile de trouver le bon mot pour dire ce que le concert marquant le retour des Têtes brûlées sur la grande scène a suscité chez les spectateurs qui étaient dans la grande salle de l’IFC de Yaoundé le 22 février dernier. De longs jours après, on cherche en vain quel coup André Afata et Roger Bekongo, deux anciens de ce groupe mythique de la musique camerounaise, ont voulu faire réellement au moyen de ce concert. Inutile ici de revenir sur la polémique de la paternité du groupe qui revient sans aucune discussion à Jean-Marie Ahanda, mais il convient de dire qu’avec ce qu’on a vu, l’esprit du groupe a pour le moins foutu le camp chez ceux qui pouvaient légitimement prétendre en être les dépositaires vu leur passé de sociétaires.
L’entourloupe avait commencé avec la programmation du concert sans que le créateur du groupe n’en soit informé. Une bourde qui allait en appeler d’autres avec notamment l’affiche du concert où se trouvaient en bonne place Soul Mangouma et surtout Zanzibar qui ne sont plus de ce monde, avec en prime une Kathy Bass isolé à l’extrême dans un photomontage pas réussi. On voulut bien croire que tout cela n’était que peccadille jusqu’à ce que deux jours avant le jour j, la joyeuse troupe, profitant de la dédicace de la première biographie de Zanzibar, ne livre un avant goût appétissant que la soirée du 22 allait consacrer. Mais c’était ignorer que le groupe mythique ne s’accommode guère de l’à peu près.
C’est donc chargé d’espoirs illimités que le public –pas celui des grands jours heureusement- vint au concert. Pour découvrir un pot aux roses bien malodorant. Si les Têtes brûlées sur la scène c’est trois choses en priorité (compositions ouvertes sur le monde avec au centre la guitare solo et le dialogue solo-basse ; le look de scène tout aussi ouvert sur la peinture et des tenues hors de mode et enfin l’ambiance scénique avec en son centre le ballon de foot et le sifflet), il n’en fut rien ou presque ce 22 février. Sur le jeu d’abord, Afata et Bekongo furent très en deçà de leurs possibilités. Surtout pour ce qui est de Bekongo qui eût du mal à suivre la vitesse des solos de son ancien acolyte Zanzibar ou encore à l’heure de chanter. Oui le lead vocal fut un boulet que l’ensemble traîna tout le long des 3h de prestation. Il y a ensuite l’ambiance de scène. A la place des jeux de jambes réguliers, des mouvements des épaules et de la tête ou du maniement du ballon de foot, l’on eût droit à une station debout quasi-permanente des trois guitaristes. Ajoutez-y le jeu très moyen de la bassiste du jour, et c’en était trop. Et dire que le supplice dura jusqu’au milieu de la nuit, donnant quelque espoir au public averti qu’une étincelle pourrait survenir.
Il n’en fut finalement rien. Et pour ceux qui avaient cru le contraire, il ne leur restait plus qu’à conseiller au sosie du groupe mythique d’en retourner à ses chères études de cabaret où les approximations sont encore permises. Mais surtout, les connaisseurs sont repartis en espérant que Jean-Marie Ahanda voudra bien mettre sur le marché l’album de retour dont le single ‘Repentence’ –sorti en 2008 aux USA avec des requins au jeu unique comme Abanda Abanda (batterie) ou Jacques Atini dit Tino Barosa (guitare, chant)- résonne encore dans leurs oreilles. Seront-ils entendus ? Il faut l’espérer.
Parfait Tabapsi

mercredi 20 février 2013

Zanzibar comme vous ne l’avez jamais connu


Littérature

 Un essai biographique retrace le parcours tumultueux mais bénéfique à la musique du talentueux guitariste.
Disons le d’entrée, c’est un véritable challenge que Joseph Fumtim et Anne Cillon Perri ont relevé avec cet essai biographique. Après coup, il faut dire qu’au vu du résultat, la tache en valait la peine. Tant le personnage de Zanzibar hante les nuits de nombres d’artistes, pas seulement les musiciens, de mélomanes et même d’historiens. Une prouesse en somme tant Zanzibar constitua de son vivant un casse-tête pour ses deux familles artistique et biologique. Il y a aussi que depuis son départ prématuré pour le royaume des morts, l’on entendait parler de Zanzibar sans qu’une somme sur son esthétique et son apport au bikutsi, rythme qu’il contribua à porter au pinacle, ne soit disponible. Et si l’on ajoute qu’à l’heure de sa gloire l’on vivait encore sous le joug du parti unique, et donc de la parole unique ou presque, l’on mesure le travail abattu par les deux auteurs que l’on n’attendait pas, il faut le dire, sur ce terrain-là.
En lisant le livre, l’on s’aperçoit que Fumtim et Perri ont effectué une quasi enquête journalistique, donnant la parole à tous ceux qui ont compté dans l’ascension de leur héros. Ont ainsi été entendu les entourages familial et professionnel de l’icône. Les archives documentaires n’ont pas été en reste, surtout pour ce qui est de la presse d’ici et d’ailleurs. Une convocation qui permet in fine d’en savoir un peu plus sur un Zanzibar dont la brièveté de l’existence aura côtoyé nombre de frustrations dont celles qui allèrent le précipiter au suicide un jour d’octobre 1988, déçu qu’il avait été de n’avoir pas été suffisamment reconnu ou encore de n’avoir pas pu prendre sa revanche sur le destin en convolant avec une bien aimée rencontrée au hasard d’une soirée en marge d’un spectacle à l’étranger. Certes les auteurs n’apportent pas de révélations sur le chapitre de la mort de l’icône, mais au moins ils convoquent un ensemble de faits pour étayer la thèse du suicide. Ce qui va relancer le débat comme eux-mêmes le font savoir à la fin.
Un travail salutaire donc qui permet de prendre la température de la montée en puissance et de l’explosion du bikutsi avec les principales figures de la situation. On sort donc très renseigné sur ce rythme que leur devancier Jean-Maurice Noah avait déjà butiné avec bonheur et que eux poursuivent dans une sorte d’écho à son travail. Fumtim et Perri dans le rendu de leur enquête à Yaoundé, Douala, Okola, Ebak et même à l’étranger dévoilent également la détermination d’un jeune qui a perdu ses parents tôt. Une détermination qu’aucun obstacle n’aura réussi à arrêter et qui aura débouché sur la rencontre de figures tutélaires à l’influence incommensurable comme Martin Messi, Ange Emérent Ebogo, Jean-Marie Ahanda et Jimi Hendrix, le «maître posthume».
Mais cet essai souffre tout de même d’un mal que l’on peut juger à l’aune du péril de la recherche des auteurs : des noms bien connus de la musique camerounaise sont écrits de plusieurs manières. Certes les pochettes d’époque ne pouvaient pas les aider, mais ceux qu’ils ont rencontrés auraient peut-être aidé à dissiper cela (Ange Ebogo Eméran, Martin Kol Mbogol notamment). L’autre point désagréable c’est cette photo de couverture qui fait de leur héros un gaucher. Des peccadilles peut-être, mais qu’il convient de rectifier si l’occasion d’une réimpression qui pourrait advenir si la tendance observable depuis l’annonce de cette sortie par le mensuel Mosaïques se confirme.

Joseph Fumtim et Anne Cillon Perri, Zanzibar Epeme Théodore, la passion Bikutsi, Yaoundé, éditions Ifrikiya, Janvier 2013, 163 pages, 5000 FCFA.

Parfait Tabapsi

mardi 19 février 2013

Etats-Unis: des prisonniers sans droits



Cinéma

Mme Bigelow pendant le tournage.

Dans son dernier film, Katryn Bigelow démontre comment la plus grande démocratie du monde use des méthodes illicites dans sa croisade contre un ennemi toujours plus insaisissable.


Au sortir de ce film, comment ne pas imaginer la joie des féministes, s’il en existe encore par ces temps d’égalité proclamée ? Oui, avec Zero Dark Thirty, Katryn Bigelow a non seulement confié le premier rôle à une dame, Maya, mais a reposé la traque de l’ennemi public numéro un des Etats-Unis sur elle. Certes elle n’a pas le pouvoir de décision, mais sa capacité de persuasion, son abnégation et sa détermination ont finalement eu raison de ses supérieurs qui, suivant son intuition, ont finalement capturé et exécuté Oussama Ben Laden, cauchemar sans doute inégalé des nuits des populations et des dirigeants américains sur les cent précédentes années au moins.
Cela dit, venons en au film en lui-même, ou si l’on veut l’idéologie derrière les intentions de la réalisatrice. C’est quoi finalement la guerre par ces temps de démocratie tous azimuts ? Depuis George W. Bush et sa fameuse guerre «pré-emptive» -trouvaille malheureuse au demeurant- on sait que plus rien dans les rapports de guerre n’allaient plus être comme avant. Car comme l’avait dit le prédécesseur de Barack Obama lui-même au reste du monde, sous un ton menaçant, «si vous n’êtes pas avec nous, vous êtes contre nous». Ce à quoi d’ailleurs un éditorialiste parisien avait rétorqué par cette interrogation depuis passé à la postérité : «Tous américains ?». Avec ce long métrage de 2h 30, Mme Bigelow nous invite à un voyage dans un univers qu’il est difficile d’imaginer pour le citoyen américain normal. Où sont donc passé les droits des prisonniers qui, soit dit au passage, n’ont pas de chef d’inculpation clair ? Oui, ont-ils seulement des droits quand on leur extorque des aveux au bout de tortures que la décence interdit de décrire ici ?  
Maya en pleine méditation.
Certains tenants de l’idée de la paix à tout prix argueront de ce que cela a produit comme résultat la capture du terroriste le plus dangereux de tous les temps. Soit et encore… Mais cela autorise-t-il de se conduire ainsi pour le «gendarme du monde» qui, jusqu’en janvier dernier a dépensé plus de 3 milliards de dollars dans une traque qui n’a vu que la moitié des cibles déterminés par lui au lendemain des attentats du 11 septembre être capturés et/ou tués ? Il est permis d’en douter. Car ce faisant, quel exemple donne ce pays au monde sur la condition humaine ? Lui qui n’a de cesse de marteler les idéaux du respect de la personne humaine, et partant de sa dignité. Terrible contraste d’une Amérique pas si puissante que ça comme nous le montre le film. Oui, on peut tenir tête à cette puissance première avec des technologies aux antipodes des siennes. Cela au moins, on l’aura appris en regardant ce film qui est tout sauf ennuyeux. Un film qui renseigne aussi sur ce que pour résister aux Américains, il faut être au moins aussi déterminé qu’eux. Maintenant qu’ils ont exécuté l’ennemi numéro un, que feront-ils des fanatiques de Ben Laden ? Ainsi que de tous ceux qui ne voient que d’un mauvais œil son hégémonie ? D’autres films à venir nous permettront à coup sûr d’en savoir un peu plus, si ce n’est de faire le point. Au moins provisoirement.
Zero Dark Thirty de Kathryn Bigelow ; scénario de Mark Boal ; avec Jessica Chastain, Jason Clarke, Joel Edgerton, Jennifer Ehle, Mark Strong, Kyle Chandler, Edgard Ramirez et James Gandolfini ; Annapurna Productions, First Light Production, Mark Boal Production ; Etats-Unis, 2012, 2h 36.

Parfait Tabapsi