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mardi 6 octobre 2026

Pouvoir, quand tu nous tiens !

 Un jour Ngoungoure, la dernière création théâtrale de la Compagnie Ngoti mise en scène par le Nigérien Béto Bétodji a donné l’occasion à hermine Yollo et Becky Beh de sortir le grand jeu à partir de l’histoire tragique de l’une des rares reines de la dynastie Nchare Yen à Foumban.

Le chemin vers le pouvoir est pavé d’intrigues et souvent de sang. Surtout quand la bataille du trône se fait de l’intérieur. Complots, corruption, compromissions, meurtres et autres décapitations rythment cette course folle vers un pouvoir finalement temporel. A l’heure où la succession s’annonce, les prétendants, potentiels ou certains, affûtent leurs armes, épient leurs adversaires et mettent en branle des stratégies qui font la part belle au drame le plus abject qu’il soit à condition de parvenir à ses fins.

Le royaume Bamoun n’échappe guère à cette fièvre sanglante qui anime tout le long de son histoire les successions. En choisissant de se pencher sur la figure de Ngoungoure, le metteur en scène Betodji du Niger a levé un pan de voile sur ce qui apert au finish comme la tragédie du pouvoir. 85 minutes durant, le duo Hermine Yollo et Becky Beh a ainsi donné le change à un récit théâtral foudroyant où la détermination des uns le disputait à la résistance des autres dans une course effrénée vers le trône laissé vacant par Mbouombouo, puissant roi et ci-devant arrière-grand-père d’Ibrahim Njoya, sans doute le plus célèbre de la lignée dynastique de Ncharé yen. Ngoungoure, toute belle et intelligente qu’elle aura été sa vie durant n’a pas échappé à un sort funeste. La faute à la course vers le pouvoir de l’un de ses frères, Mbetkom. Lui par qui commencèrent les malheurs d’une Ngoungoure qui goûtera, bien que de manière éphémère, au pouvoir avant de subir son triste sort du fait de ses origines royales.

Là c’est pour l’histoire tragique qui a absorbé, au 19e siècle, les héritiers au trône de Mbouombouo tout comme les descendants de Ngoungouré. En ce qui concerne le jeu théâtral, Un jour Ngoungoure a été l’occasion pour Yollo de démontrer s’il en était encore besoin qu’au chapitre de la comédie et du drame, elle tutoyait bien les sommets. En passant d’un personnage (narratrice) à un autre (Ngoungoure), elle a puisé dans son carquois fourni de comédienne des flèches aiguisées par son expérience, sa maîtrise du jeu et sa verve à nulle autre pareille. Jamais prise à défaut, elle a porté le personnage principal pour le hisser au sommet en attrapant au passage les cœurs de spectateurs transis par la malédiction de Ngongoure. Avec le ton idoine, le tempo vocal, la transfiguration juste et la dextérité des mouvements, elle a sublimé la pièce de cette sagacité que seuls savent partager les grands comédiens.

A ses côtés, Beh ne fût point en reste. Si Yollo a signé le texte, elle a quant à elle déployé ses trésors de composition et d’exécution musicales en live pour enrober le récit de cette musicalité fort à propos d’une narration dramatique ouverte sur le monde. Et le dire ne minimise pas ses capacités de comédienne formée dans cette même salle Wakeu Fogaing où elle fit ses classes voici une décennie déjà. Ainsi, yollo et Beh ont formé une paire à la fois joyeuse, tendue et réconciliée pour raconter un destin traversé par la folie des hommes.

D’aucuns auraient pu trouver dans cette pièce un hommage appuyé à la femme dont la place, quoiqu’en disent les petits esprits, est bien centrale dans la civilisation africaine, cependant que d’autres y verraient simplement la sublimation d’un machisme forcené. Pour notre part, il ne s’agit rien moins que de la tragédie du pouvoir dont les spasmes irradient jusque dans les cercles qui en sont éloignés, chacun caressant le rêve de grignoter sa part dans le gâteau qui confère la grandeur. Mais au finish, et même si la pièce n’en dit rien, ces batailles parfois à fleurets mouchetés, souvent homériques avec le concours d’armes de toutes sortes auront contribué à la venue sur le trône de Njoya, la «part qui brille» de son géniteur Nsangou, fils de Ngoungoure. Qui, à n’en point douter, y aura puisé pour asseoir un règne prolifique en exploits et en réalisations avant sa déportation, par le colon français, et sa mort à Yaoundé en mai 1933. Et ce même si sa fin fût plutôt tumultueuse avec notamment une succession dévoyée qui vit le royaume se diviser, pour de longues décennies, en deux avec notamment l’exil du camp qui se retrouva hors du pouvoir. Mais là est une autre affaire pour la narration de laquelle des auteurs pourraient y travailler.

Un jour Ngoungoure de hermine Yollo, mise en scène par Béto Bétodji, avec Hermine Yollo et Becky Beh, musique de Becky Beh, régie son et lumière de Roch Amédet banzouzi, scénographie de Bénédicte Jolys, Compagnies Ngoti, Forge arts et Punta Negra, 2025, 85 min.

Parfait Tabapsi

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