Un jour Ngoungoure, la dernière création théâtrale de la
Compagnie Ngoti mise en scène par le Nigérien Béto Bétodji a donné l’occasion à
hermine Yollo et Becky Beh de sortir le grand jeu à partir de l’histoire
tragique de l’une des rares reines de la dynastie Nchare Yen à Foumban.
Le chemin vers le pouvoir est pavé d’intrigues et souvent
de sang. Surtout quand la bataille du trône se fait de l’intérieur. Complots, corruption, compromissions, meurtres et autres décapitations
rythment cette course folle vers un pouvoir finalement temporel. A l’heure où
la succession s’annonce, les prétendants, potentiels ou certains, affûtent
leurs armes, épient leurs adversaires et mettent en branle des stratégies qui
font la part belle au drame le plus abject qu’il soit à condition de parvenir à
ses fins.
Le royaume Bamoun n’échappe
guère à cette fièvre sanglante qui anime tout le long de son histoire les
successions. En choisissant de se pencher sur la figure de Ngoungoure, le
metteur en scène Betodji du Niger a levé un pan de voile sur ce qui apert au
finish comme la tragédie du pouvoir. 85 minutes durant, le duo Hermine Yollo et
Becky Beh a ainsi donné le change à un récit théâtral foudroyant où la
détermination des uns le disputait à la résistance des autres dans une course
effrénée vers le trône laissé vacant par Mbouombouo, puissant roi et ci-devant
arrière-grand-père d’Ibrahim Njoya, sans doute le plus célèbre de la lignée
dynastique de Ncharé yen. Ngoungoure, toute belle et intelligente qu’elle aura
été sa vie durant n’a pas échappé à un sort funeste. La faute à la course vers
le pouvoir de l’un de ses frères, Mbetkom. Lui par qui commencèrent les
malheurs d’une Ngoungoure qui goûtera, bien que de manière éphémère, au pouvoir
avant de subir son triste sort du fait de ses origines royales.
Là c’est pour l’histoire
tragique qui a absorbé, au 19e siècle, les héritiers au trône de Mbouombouo
tout comme les descendants de Ngoungouré. En ce qui concerne le jeu théâtral,
Un jour Ngoungoure a été l’occasion pour Yollo de démontrer s’il en était
encore besoin qu’au chapitre de la comédie et du drame, elle tutoyait bien les
sommets. En passant d’un personnage (narratrice) à un autre (Ngoungoure), elle
a puisé dans son carquois fourni de comédienne des flèches aiguisées par son
expérience, sa maîtrise du jeu et sa verve à nulle autre pareille. Jamais prise
à défaut, elle a porté le personnage principal pour le hisser au sommet en
attrapant au passage les cœurs de spectateurs transis par la malédiction de
Ngongoure. Avec le ton idoine, le tempo vocal, la transfiguration juste et la
dextérité des mouvements, elle a sublimé la pièce de cette sagacité que seuls
savent partager les grands comédiens.
A ses côtés, Beh ne fût point
en reste. Si Yollo a signé le texte, elle a quant à elle déployé ses trésors de
composition et d’exécution musicales en live pour enrober le récit de cette
musicalité fort à propos d’une narration dramatique ouverte sur le monde. Et le
dire ne minimise pas ses capacités de comédienne formée dans cette même salle
Wakeu Fogaing où elle fit ses classes voici une décennie déjà. Ainsi, yollo et
Beh ont formé une paire à la fois joyeuse, tendue et réconciliée pour raconter
un destin traversé par la folie des hommes.
D’aucuns auraient pu trouver
dans cette pièce un hommage appuyé à la femme dont la place, quoiqu’en disent
les petits esprits, est bien centrale dans la civilisation africaine, cependant
que d’autres y verraient simplement la sublimation d’un machisme forcené. Pour
notre part, il ne s’agit rien moins que de la tragédie du pouvoir dont les
spasmes irradient jusque dans les cercles qui en sont éloignés, chacun
caressant le rêve de grignoter sa part dans le gâteau qui confère la grandeur.
Mais au finish, et même si la pièce n’en dit rien, ces batailles parfois à
fleurets mouchetés, souvent homériques avec le concours d’armes de toutes
sortes auront contribué à la venue sur le trône de Njoya, la «part qui brille» de son géniteur
Nsangou, fils de Ngoungoure. Qui, à n’en point douter, y aura puisé pour
asseoir un règne prolifique en exploits et en réalisations avant sa
déportation, par le colon français, et sa mort à Yaoundé en mai 1933. Et ce
même si sa fin fût plutôt tumultueuse avec notamment une succession dévoyée qui
vit le royaume se diviser, pour de longues décennies, en deux avec notamment
l’exil du camp qui se retrouva hors du pouvoir. Mais là est une autre affaire
pour la narration de laquelle des auteurs pourraient y travailler.
Un jour Ngoungoure de hermine Yollo, mise en scène par Béto Bétodji,
avec Hermine Yollo et Becky Beh, musique de Becky Beh, régie son et lumière de
Roch Amédet banzouzi, scénographie de Bénédicte Jolys, Compagnies Ngoti, Forge
arts et Punta Negra, 2025, 85 min.
Parfait Tabapsi

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