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mardi 14 janvier 2014

Alexander Koch présente les «Nouveaux commanditaires»

Innovation Arts plastiques

Alexander Koch.
C’est dans la cour de Doual’art, en marge du Salon urbain de Douala (SUD 2013), que ce curateur allemand nous a expliqué les ressorts d’un concept qui tente d’investir l’Afrique.

Comment vient au monde ce concept ?
L’artiste plasticien belge François Hers a cherché pendant longtemps un autre modèle pour créer des liens dans la réalité sociale, la responsabilité des gens et la création culturelle. Il était clair depuis longtemps que ce rapprochement était nécessaire. Il y a même aujourd’hui toute une histoire de l’art participatif pour répondre à cette exigence. Hers avait trouvé qu’il y avait un problème avec l’approche suivant laquelle ce sont les artistes qui vont vers la société. C’est-à-dire qu’on est toujours dans une structure de l’offre (compétence, création) ; les citoyens n’ayant guère la possibilité d’aller vers les artistes pour articuler une démarche. La question qui se pose dès lors c’est : comment peut-on créer un modèle, une pratique qui permet au citoyen et à toute personne d’articuler une démarche basée sur leurs désirs, besoins, urgences, conflits, rêves, etc. ?
Et c’est la recherche des réponses qui a abouti à cette trouvaille j’imagine. Comment dès lors s’opérationnalise-t-elle ?
Le modèle «Nouveaux commanditaires» offre une réponse qui est un réseau de médiateurs culturels indépendants et qui rentre en contact avec les individus, c’est-à-dire plus précisément qu’ils reçoivent des demandes, de vagues idées des gens qu’ils rencontrent dans leurs univers respectifs. Ils rentrent dans un échange avec les gens avec pour but de développer une compréhension plus profonde de ce que veulent les gens, afin de pouvoir finalement choisir un art qui sera proposé pour une commande précise. A un moment donné donc, il y a une phrase ou deux sur les exigences que souhaitent les gens sur les œuvres à implanter chez eux. Cette procédure permet aux gens d’entrer en collaboration avec des artistes expérimentés, et donc de participer avec une plus grande responsabilité dans la production culturelle de nos jours. Cette approche permet aussi d’éviter des préjugés de la part des commissaires ou institutions d’art sur les besoins des gens et de faire un choix d’artistes et de médiums idoines. En conséquence, il y a toutes les pratiques culturelles qui sont inhérentes à la pratique du programme «Nouveaux commanditaires» et qui vont de l’architecture aux arts plastiques en passant par la musique, le théâtre, la littérature, le cinéma, la danse, etc.
Quelles est l’étape suivante ?
L’artiste choisi va à la rencontre des commanditaires et après un échange, il va développer un projet qu’il va proposer. C’est la première phase qui est en soit très intéressante parce que souvent il y a un processus de compréhension/négociation entre l’artiste et le commanditaire car ils appartiennent souvent à des réalités différentes. Il y a une nécessité, mais également une occasion de créer une relation de confiance et de collaboration qui normalement n’existerait pas. La proposition peut subir des amendements pour l’affiner. Une fois tout le monde d’accord,  la 2è phase qui est la réalisation commence, avec l’accompagnement du médiateur qui va aider à trouver des financements. Une 3è phase existe qui est la prise de responsabilité des commanditaires sur l’œuvre à travers notamment la médiation envers leurs connaissances. Ce programme encourage ainsi les gens à comprendre une production culturelle comme un élément de la vie en société.
Quels sont les résultats de la matérialisation de ce concept à ce jour ?
Le 1er travail de médiation a commencé en France il y a 20 ans. Avec son bon fonctionnement, d’autres pays européens sont entrés dans la danse, au point d’être une bonne douzaine aujourd’hui. Plus de 100 projets basés sur des décisions prises entièrement par des acteurs locaux ont été réalisés. En 2007, nous avons initié le chapitre d’Allemagne, et avons déjà réalisé trois projets ; plusieurs autres sont en cours. En 2012, je me suis posé la question de l’exportation de ce programme sous d’autres cieux. Où l’on recherche un développement de la société civile en même temps qu’un développement culturel. Après le Nigéria et l’Afrique du Sud, je suis au Cameroun avec cette proposition comme une contribution au débat sur le rôle et la place de l’art dans la société. Je serai content de partager mon expérience et de collaborer dans le cadre de ce réseau international de médiateurs.

Recueillis par Parfait Tabapsi à Douala

Exorcisme au lycée

Cinéma

Les acteurs amateurs à l'issue de la projection de Yaoundé. 
Rendez-vous avec les morts, après une longue parturition, nous promène dans les méandres d’un interdit brisé par la curiosité de lycéens déterminés et joyeux.
La curiosité, voilà une notion pour le moins polysémique, surtout quand il s’agit des ados. Sauf que depuis les exploits des grands explorateurs européens hier et des journalistes aujourd’hui, on sait combien elle est importante pour le salut de l’humanité en général. C’est ainsi que lorsque de jeunes lycéens sont sommés par leurs enseignants de ne point faire valoir leur curiosité jusqu’à un certain endroit de l’établissement, ils ne peuvent que refuser d’obtempérer. Avec toutes les conséquences qui peuvent en découler. Car à la curiosité, il faut ajouter l’interdit. Deux notions aux antipodes de la vie des ados d’aujourd’hui.
Pour sa première au cinéma, la jeune Matilda Serna a choisi de s’appuyer sur ces deux notions pour donner corps à ses idées. Ce qui, au final s’avère avoir été un cocktail intéressant. Le 21 décembre dernier lors de la projection de Rendez-vous avec les morts –c’est le titre du film- à l’IFC de Yaoundé, le public venu nombreux a consommé l’œuvre avec un appétit parfois bruyant, preuve que la scénariste avait vu juste. Les trois cinéastes aussi. Dans la mesure où durant deux heures, on ne s’ennuie guère. Si la joie des acteurs –tous amateurs et au sein desquels quelques pépites ont éclos comme Julien Bahel ou Prudence Madji- a su ainsi contaminer le public, c’est que l’affaire était bien ficelée au départ. Ce qui n’est pas si étrange que ça vu que ce projet a d’abord épousé la forme de la représentation théâtrale. Avec une réception à l’époque tout aussi intéressante.
Si ce film qui, durant sa tournée dans le sud du pays, a su satisfaire les foules venues en masse, c’est que les ingrédients ont été bons. L’histoire d’abord qui met en scène des étudiants déterminés à briser un interdit pour satisfaire leur curiosité. Interdits en effet de descendre au sous-sol de l’établissement où règnerait une âme damnée, nos braves ados ne s’en verront que plus attirés par cet endroit. Où dort une partie de l’histoire de leur lycée qui des décennies plus tôt avait été incendiée par une de leurs devancières, soupçonnée à raison d’avoir eu des relations amoureuses –autre interdit- avec son enseignant. Et pour parvenir à cette découverte finale, le réalisateur a su bien agencer les scènes in et out. Aidé en cela par des acteurs déterminés et passionnés. Qui dans leur déploiement scénique ont donné plus que le meilleur. Danses urbaines et traditionnelles ont ainsi nappé une œuvre structurée en tableaux. Et même si le son n’a pas paru uniforme pour les oreilles exercées, le résultat est plus que satisfaisant. Et ce même si la fin a constitué le point faible du film avec un prolongement inexpliqué. Il ne reste plus cependant qu’à souhaiter une plus grande diffusion, surtout en direction des lycéens d’ici et d’ailleurs. Cela pourrait les aider à étendre leurs possibilités artistiques et scolaires.

Rendez-vous avec les morts de  Joseph Pascal Mbarga, Julien Willy Nkiam et Rocco Serna Mattia, 120 min, avec Elena Matilda Serna, Bellange Prudence Madi, Julien Hervé Bahel, David Noundji, Alice Mahop ; produit par Rue 1113
P.T.

Aux sources du projet 
Matilda Serna et les comédiens David Noundji et
Maryse Bonny à la première de Yaoundé (de G. à D.)
Il y a cinq ans, la jeune Serna Elena Matilda, qui en a 20 aujourd’hui, écrit un texte, pensé pour le cinéma, qu’elle intitule Rendez-vous avec les morts. En avril 2009, le Centre Italien (CI) de Yaoundé lui demande de l’adapter pour le théâtre afin que les élèves du centre puissent la représenter en italien. Elle traduit donc son oeuvre du français à l’italien et la pièce est présentée le 11 juin 2009 au centre culturel Petit Tam-tam de Yaoundé. Partiellement satisfaite du résultat, Matilda, qui veut que la danse ait une très grande importance dans sa pièce, décide de représenter Rendez-vous avec les morts en français et avec des vrais danseurs. L’aventure commence vers la mi-septembre 2009 : grâce au « bouche-à-oreille », une vingtaine de danseurs semi-professionnels, venant pour la plupart de la réalité hip-hop de Yaoundé, accepte de faire partie du projet, ainsi que quelques élèves du CI et du Lycée français Fustel de Coulanges, camarades de Matilda. Vers la mi-octobre, David Noundji, un comédien professionnel expérimenté intègre la troupe, qui s’est donné entre-temps le nom de Rue 1113, tiré de celui de la rue où il y a la maison auprès de laquelle se déroulent les répétitions tous les mercredis, samedis et dimanches. Avec de l’acharnement, de la confiance et un grand professionnalisme, Noundji accomplit un petit miracle : la comédie musicale Rendez-vous avec les morts, la première dans son genre jamais réalisée au Cameroun et par des artistes Camerounais, est représentée le 15 décembre 2009 au Centre culturel français de Yaoundé, à guichets fermés. Le début d’une aventure qui connaît une nouvelle étape avec ce film.
(Source dossier de presse)


Richard Bona, salsa symphony !

Concert musique

Le bassiste et compositeur de génie a gratifié le public de Yaoundé d’un spectacle de haut niveau malgré les insuffisances de l’organisation.
Cette année encore, elle a remis ça ! Après une première inaboutie en 2013, l’association Trait d’union a une fois de plus mis à contribution Richard Bona. Pour deux dates à Douala et à Yaoundé. Qui ne resteront pas dans les annales, surtout pour la 2è date qui aura souffert des mêmes tares que le concert de l’année dernière dans la même salle du Palais des congrès pris d’assaut par des mélomanes plutôt sages. Tenez donc, cette fois encore, l’on a eu droit au retard camerounais de près de deux heures. Et comme si cela ne suffisait pas, l’acoustique a encore fait un malheur, pas du même acabit que la dernière fois, mais au point que le guest du jour a dû faire savoir son courroux en suppliant les autorités de faire en sorte que lui et ses pairs n’aient plus à essuyer pareille frustration les prochaines fois, eux qui adorent venir jouer au bercail à la première occasion ou presque.
A part cela, et ce n’est pas mince, l’on eût droit à un Bona des grands soirs. Un enchanteur qui a su pénétrer les cœurs avec son jeu à partir d’un répertoire connu. Pour cette fois, le public venu nombreux, eût droit à une déclinaison latino que Richard butine depuis son premier opus en 199. Entouré de six musiciens (deux cuivres, un keyboard, deux percus, un batteur) le fils de Minta a tenu son rang. Avec manière et élégance. Soulevant des applaudissements d’un public qui ne se privât point de reprendre maints refrains sans toutefois pousser plus loin son exubérance. Une sagesse qui a sans doute blessé un héros qui a pourtant tout fait pour qu’il en soit autrement, terminant même son show de 90 minutes part un medley (It’s all right de Ndédi Dibango et Nen Lambo de Bill Loko, deux tubes de makossa des années 80).
Une reprise qui a affiché les limites du genre makossa sur le plan esthétique vu que ces hits d’antan, exécutés à la suite de compositions plus enlevées et complexes, et non moins pénétrantes et entraînantes, a affiché toute sa pauvreté. Oui ce makossa-là tel qu’il se fit entendre ce soir du 21 décembre à Yaoundé n’est pas de ces musiques pouvant faire décrocher la timbale. A moins qu’il ne soit travaillé par des orfèvres de studio comme Guillaume Toto.
Mais avant ce final très dansant au demeurant, Bona et son Mandekan Cubano, c’est le nom de l’orchestre, a fait parler la musique. Avec le souci de ne laisser aucune note à l’abordage, revisitant des thèmes connus et souvent aux antipodes de la salsa comme Mut’Esukudu ou Uprising of kindness avec une application et une pureté remarquables. Que dire alors des thèmes plus proches comme Te Dikalo, Muntula Moto, O sen sen sen ou Ekwa Muato ? Un regard esthétique qui a frisé le nirvana tant le groupe, qui est sur les routes depuis près de deux ans, a su trouver les ressorts dans son jeu pour clouer le public sur son siège. Lui laissant simplement l’occasion d’apprécier, de bien apprécier. Pour le reste, Richard aura été égal à lui-même, usant de son fameux solo vocal qui a exhalé une composition jusque-là inconnue des mélomanes présents. En un mot comme en mille, c’est un père noël avant l’heure qui a enchanté le public de Yaoundé. Avant, il l’a promis, de nouvelles retrouvailles dans cette ville où il a beaucoup d’amis et de la famille.

Parfait Tabapsi 

Paris: Aux sources du Kelin kelin Orchestra

Musique

Brice Wassy (à gauche) et JJ Elangué.
Monté par Brice Wassy et Jean-Jacques Elangué, cette bande de gais lurons travaille depuis deux ans à valoriser le patrimoine africain à une nouvelle sauce.
C’est en face du New Morning, antre du jazz par excellence à Paris, que nous avons rencontré, en ce mois d’octobre 2013, les deux piliers du Kelin Kelin Orchestra (KKO). Brice Wassy et Jean-Jacques Elangué nous avaient en effet donné rendez-vous ici au lendemain de deux soirées magnifiques au Baiser Salé, quelques stations de métro plus loin la semaine précédente. Où nous avions alors découvert en live la prestation d’un band d’une dizaine d’éléments monté par les deux compères en 2011. Plus précisément depuis le 17 novembre et la première répétition.
C’était alors le début de l’accomplissement d’un rêve pour le batteur Wassy. Qui après avoir presté sur les scènes du monde avec les plus grands (Manu Dibango, Salif Keita, notamment) et sur trois décennies nourrissait un vieux projet : monter une mayonnaise musicale à travers des instrumentistes de haut vol pouvant revisiter les standards africains à la sauce africaine. S’il commença avec African Rythm Orchestra pour quelques années, c’est visiblement avec ce KKO qu’il semble se rapprocher au plus près de son rêve. Une sorte d’aboutissement qu’il doit en grande partie au saxophoniste Elangué. Qui a répondu à l’appel de son aîné «une fois que j’avais senti que j’étais prêt pour cette nouvelle aventure». Ce qui ne fut pas une mince décision pour celui qui a également bourlingué avec les plus grands du continent, et qui s’apprêtait à prendre l’avion le lendemain de notre rencontre pour l’Amérique du Sud dans le cadre d’une tournée avec le Nigérian Tony Allen, le dépositaire rythmique de l’afrobeat depuis la mort de son concepteur Fela.
La tête de pont ainsi constituée, restait à trouver l’équipage de ce nouveau voyage. Avec pour feuille de route l’idée d’un big bang à forte coloration africaine. «On souhaitait trouver des musiciens non pour faire du classique, mais qui pouvaient s’adapter à cette nouvelle écriture, chacun avec son instrument. Qui pouvaient contribuer à réinventer les sonorités traditionnelles de chez nous et explorer nos imaginaires», précise Elangué. Un peu dans la lignée des grands orchestres qui firent par le passé honneur à l’Afrique comme le Mbebeya Jazz de Conakry ou le OK Jazz et l’African Jazz de Kinshasa. D’emblée, le recrutement pouvait paraître aisé en ce Paris où les musiciens au sang africain foisonnent. Sauf qu’il fallait convaincre ceux qu’on avait sélectionnés au préalable et jauger leur goût pour l’aventure. Au bout de moult rencontres, une équipe s’est dégagée malgré quelques pointures ayant refusé la proposition.
Depuis plus d’un an maintenant, cette joyeuse bande parcourt les festivals en France. Où elle distille une musique où les cuivres ont l’occasion de se déployer sur des rythmes africains, et même souvent de la diaspora noire. Elle qui revisite les standards du continent. Avec au bout l’objectif de «Créer, entre la modernité présumée et le patrimoine enfoui, une passerelle où l’on aurait une autre manière d’écouter une Afrique qui sait d’où elle vient et n’a pas fini d’être moderne !», explique Wassy. A voir l’engouement du public lors de leurs sorties, le pari est en passe d’être gagné. Quoique la locomotive pense que le satisfecit ne sera complet qu’avec une reconnaissance sur les terres d’Afrique. C’est ici le lieu de préciser que le projet Kelin Kelin Orchestra va au-delà de la scène pure. «En étant dans la transcription des standards, explique Elangué, nous voulons également faire savoir que la transmission nous tient à cœur. Nous avons ainsi prévu un côté académique qui se décline en workshops et ateliers sur le continent avec des musiciens du cru». Histoire de partager en plus de la musique une expérience épaisse et valeureuse. Wassy ajoute qu’ils sont également prêts à travailler avec des fanfares qui pullulent sur le continent, car «une passerelle est possible et peut donner des étincelles».
Constitué d’une section cuivre de sept éléments ainsi que d’un batteur, d’un percussionniste, d’un pianiste et d’un bassiste, le KKO voudrait s’exprimer sur la terre d’Afrique pour peu que de bonnes volontés décident de lui ouvrir leurs bras. Si des vidéos sont disponibles sur la toile, le groupe prépare un album pour très bientôt, car «c’est un passage obligé pour toucher plus de monde». En attendant, les scènes festivalières autour de Paris dégustent avec un certain appétit cette nouvelle proposition qui donne à voir une Afrique nouvelle.

Parfait Tabapsi à Paris

mercredi 11 décembre 2013

Luc Yatchokeu: un Sisyphe heureux

Portrait musique

Pour une première à Yaoundé, le marché des musiques africaines dénommé Le Kolatier a tenu son pari. Propulsant son promoteur sous les feux des projecteurs. Lui qui depuis près de trois décennies travaille au mieux-être des musiques camerounaises et de la sous-région. Retour sur un parcours mouvementé.

En compagnie du président du Conseil francophone de la chanson.
Par Parfait Tabapsi

C’est un Luc Yatchokeu rasséréné que nous avons retrouvé à Yaoundé le 14 novembre dernier. Près de deux semaines après la clôture de la première vraie édition du Kolatier à Yaoundé. Dans le restaurant de l’IFC, il pouvait se laisser aller, se libérer enfin après moult péripéties dues à la bonne organisation d’un événement qui s’était tenu jusque-là dans son fief de Douala. Où depuis près de trente ans il tente de faire aimer la musique, la «bonne» à ses compatriotes. Engagé qu’il est dans un jeu sans filet pour un art qui est partout présent au Cameroun, mais dont la bonne graine tarde à attirer le grand public plus porté sur l’éphémère, le rythme désordonné et les compositions sans relief.
Si Yatchokeu nous est paru si serein, c’est que Yaoundé semble avoir définitivement déraciné le Kolatier de son antre fétiche de Douala. Où depuis 1999, ce marché des musiques africaines essaie d’inculquer aux mélomanes les sonorités des étoiles montantes en expression aussi bien au Cameroun qu’en Afrique de manière générale. Avec ce rendez-vous 2013, deux événements ont redonné à la vigueur à un promoteur qui quelques semaines auparavant cherchait le meilleur moyen de passer le témoin. Fatigué qu’il était d’avoir l’impression d’être mal compris des institutions camerounaises en charge de la culture. Il y a donc eu ce coup de main du chef de l’Etat qui a tenu à ajouter son grain de sel dans cette sauce déjà bien épaisse. Ensuite, il y a que le Kolatier avait été choisi par le Bureau export de la musique africaine (BEMA) pour porter la première édition du Salon international de la musique africaine (SIMA). Deux coups du destin qui n’ont pas été pour peu dans la réussite de cet événement dont les échos continuent à l’heure même de résonner dans la presse camerounaise et africaine. Un vrai défi relevé avec tact et manière et dont les origines remontent à très loin, aussi bien dans l’espace que dans le temps.
L’amour de la musique chez Yatchokeu remonte en effet au temps des culottes dans la localité de Mbanga, à une heure de route de Douala. En ce début des années 60, le jeune garçon découvre la musique par sa mère, membre d’une chorale. Lors des répétitions et des offices religieux, il apprend ainsi à la connaître, à se laisser «habiter» par elle. Il se souvient qu’à l’époque, il était «très intéressé». Surtout quand, arrivé au lycée, il découvre les artistes de la diaspora. S’il s’initie bien au balafon et à la guitare, il ne jouera d’aucun instrument. Ce qui ne l’empêche pas d’intégrer le club musique du lycée. Lui qui n’en finit plus de dépenser ses maigres économies pour s’acheter des 33 et 45 tours, et plus tard des cassettes. «A l’époque, mes préférés étaient Cat Stevens, Joe Cocker et Francis Bebey», se souvient celui qui reprend les refrains sans discontinuer. Ce qui ne l’empêche pas de mener ses études jusqu’à leur terme, histoire de ne pas fâcher ses parents ou son tuteur de Douala farouchement opposés à son envie de faire de la musique une compagne de route.
«Café central»
Son diplôme de comptable en poche, il se lance dans la vie active. Et trouve rapidement un emploi dans un groupe hôtelier et en devient même l’un des responsables. En ce début des années 80 où la crise ne se fait pas encore sentir, les affaires marchent. Et brusquement, les chiffres baissent. «C’est alors qu’avec mes patrons, nous avons pensé à monter un orchestre pour notre café-restaurant. Et là, ma passion me revient !» Il faut trouver des musiciens, les manager, résoudre des problèmes d’intendance, etc. Retour donc aux premières amours, avec à la clé une entente avec les artistes. Toutes les stars du moment passeront donc par le «Café central» en plein cœur du quartier des affaires Akwa, pas loin de la Place des portiques.  «Je me souviens encore que c’est dans notre café qu’Elvis Kemayo, devenu animateur à la télévision nationale, venait signer les contrats avec les artistes qui allaient passer dans son émission très prisée». Tout cela ravive la flamme et pousse Yatchokeu à s’investir d’avantage. Il crée alors le label CECADINE (Centre camerounais de diffusion et de négoce) qui tente de marier art et business. Il devient aussi producteur avec un premier 33 tours signée Marthe Zambo et qui a pour titre «Anga Jo». «Mon souci alors est de faire connaître les artistes ayant un talent certain, mais passés sous silence par une conjoncture spéciale». Il s’accroche, demande conseil à Claude Tchemeni d’Ebobolo Fia qui signe les grosses pointures à Yaoundé.

Bandjoun Station, the Art Towers !

Arts plastiques

A Bandjoun, village voisin de Bafoussam à l’ouest du Cameroun, le plasticien Barthélémy Toguo a construit une œuvre architecturale qui flatte les sens ainsi qu’un musée et un centre d’art contemporain avec un fond de qualité. Visite guidée.

Incroyable. Magnifique. Impressionnant. Extraordinaire. Samedi 16 novembre à la fin de la cérémonie d’inauguration de Bandjoun Station, c’était la course aux qualificatifs. Tant l’œuvre architecturale et le projet sur lequel il s’adosse étaient tout simplement inhabituels en ce lieu et sans doute au Cameroun et en Afrique. Ce d’autant plus que les autorités avaient tenu à magnifier l’instant de leur présence, histoire de dire que ce projet appartenait désormais à la communauté tout entière si ce n’est à la multitude. De la ministre des Arts et de la Culture au gouverneur de la région de l’Ouest, tout le gratin administratif avait fait le déplacement, à l’exception notable du maire de Pété -et voisin-  Victor Fotso qui avait envoyé sa première adjointe dont le discours ne manqua pas de saluer cette initiative qui en rajoute au statut de ville touristique d’un village qui peu à peu avance vers la modernité.
Pour la ministre Ama Tutu Muna à qui était revenu l’honneur de prononcer le discours d’ouverture de ce musée et centre d’art contemporain, l’émotion était perceptible. D’ailleurs, avant d’engager son laïus, elle fit savoir combien elle était impressionnée par l’initiative et l’œuvre avant de souligner plus loin la capacité de son promoteur à fédérer les compétences nécessaires à son but artistique. Un point de vue qui résonnait en écho de la présentation que Barthélémy Toguo fit de lui-même. Propos dont on put retenir le côté prométhéen de ce gamin né à Mbalmayo où il fit ses premières armes avant de rejoindre l’étranger où, d’Abidjan à Düsseldorf en passant par Grenoble, il fit ses humanités de plasticien auprès de grands maîtres. Pendant 10 ans. Avec pour résultat des œuvres qui irradient depuis une quinzaine d’années les «espaces qui comptent» des œuvres d’art du monde. Comme ce fût le cas par exemple en 2011 quand il lui revint de réaliser l’affiche du prestigieux tournoi de tennis de Roland Garros à Paris.
Bandjoun Station, c’est le projet de sa vie. Un de ceux qui vous étripent, vous aveugle parfois, mais vous positionne dans l’univers collectif comme une singularité. Il y a dix ans, depuis ses appartements du 20è arrondissement, celui dont le travail côtoyait déjà les cimes de l’art contemporain a fait un rêve : celui de contribuer à endiguer la saignée du travail artistique de ses compatriotes et frères d’Afrique. Pas moins. Car après que la colonisation européenne, à travers les administrateurs et les missionnaires, ait emporté l’essentiel du travail artistique d’ici, il se trouve que les travaux d’artistes contemporains sont en grande partie exposés et consommés à l’étranger. Il devient alors «urgent de créer un lieu pour promouvoir l’art et la culture dans sa diversité tout en conservant la production contemporaine aujourd’hui sur le continent africain».
Une posture militante que Toguo assume, lui qui estime qu’il «fallait faire quelque chose de toute urgence. J’ai donc imaginé ce projet et échangé avec des confrères à l’international en vue de faire vivre cet art sur notre continent, c’est-à-dire sur le lieu même que les œuvres n’auraient pas dû quitter.» C’est alors qu’il a commencé à piocher dans les fonds que sa pratique des arts plastiques lui a procuré pour matérialiser son idée. Une première étape conclue par la décision de s’installer à Bandjoun, non parce que c’est son village d’origine, mais simplement parce qu’il ne souhaitait pas perdre de l’anergie à défendre un terrain qu’il aurait acheté ailleurs. Ce sera donc sur les terres familiales que sera bâti Bandjoun Station !

Carrelage et motifs
En voyant la qualité de l’architecture aujourd’hui et la situation au bord de la Nationale n°04, il apert que le choix du terrain fût judicieux. De l’extérieur, l’architecture tranche d’avec l’existant aux environs dans ce quartier de Hiala. La façade principale respire une luxuriance de motifs où la signature de Toguo apparaît clairement : ces têtes communicantes et ces mains sur un pilotis en échelles. Le tout encadré par un carrelage et deux pavés de rectangles multicolores sur les deux barrières de la façade. Sur l’une d’elles, une inscription en ghom à la !, la langue du terroir, souhaite la bienvenue au visiteur. Si déjà ce dernier peut apprécier le travail artistique, c’est une fois dans la cour avec sa tribune à gauche qu’il peut bien apprécier l’architecture. Les deux bâtiments paraissent alors imposants, voire vertigineux. Des baies vitrées alternent d’avec le carrelage des colonnes et de grandes surfaces crépies où reposent des œuvres : il y a là des trèfles, des vases, des animaux de la basse-cour ou simplement des yeux. L’harmonie des couleurs donne également à l’ensemble un cachet familier, une invite à la visite, sanglée qu’elle est dans une simplicité qui convoque l’art local et l’art d’ailleurs.
Dans le bâtiment à gauche, sont proposées sur trois étages une partie du fond collecté par Toguo en 25 ans de carrière. Il y a là les Roberto Matta, Louise Bourgeois, Antoni Tapiès et nombre d’œuvres d’artistes africains comme Frédéric Bouly Bouabré (Côte d’Ivoire), Lillanga (Tanzanie) ou Cyprien Takou Dagba (Bénin). Car il n’était pas question pour le promoteur de ce musée d’alimenter le ghetto africain : «j’ai des œuvres d’une force et d’une pertinence incroyable, inégalable sur le continent», ose d’ailleurs Toguo qui dit disposer d’une collection de plus de 1.000 œuvres. Cet édifice est divisé en cinq plateaux de 120 m² de superficie chacun: un sous-sol pour les rencontres et projections, un salon de lecture au rez-de-chaussée, les deux premiers étages pourront accueillir des expositions temporaires, le troisième niveau quant à lui devant abriter donc les œuvres des artistes du monde entier.
Le bâtiment de droite se compose de l’atelier /studio de quatre étages (22 m de hauteur), soutenus par de solides piliers en béton armé. La structure est surmontée d'un pignon de 11 m de hauteur et couverte d'une charpente à double pyramide qui respecte les règles séculaires de l'architecture traditionnelle locale avec ses toitures effilées.
Un ensemble qui donne aux bâtiments l’allure d’une résidence de notable que Toguo ne tardera sans doute pas à l’être. Par son travail. Le chef supérieur Bandjoun Honoré Djomo Kamga n’était-il pas présent à l’inauguration ? Lui qui dût trouver du temps dans son programme chargé par ces temps de fête culturelle de son peuple –le «Msem Todjom»- pour être de la primeur de cette soirée du 16 novembre et dont le regard trahissait assez singulièrement sa joie devant ce travail d’un fils du terroir.

Ateliers et nature
Ce d’autant plus que le projet de Toguo comporte également un volet agricole. A cinq km du centre d’art contemporain, cinq hectares de plantations bien entretenues expriment la détermination et la postule militante de son promoteur. Un volet qui a pour but d’après Toguo «de développer l’agriculture pour faire face à la détérioration des termes de l’échange qui appauvrit notre continent tout en enrichissant les autres». C’est ainsi que des cultures variées sont en friche ici, avec pour finalité leur transformation sur place. «Il nous faut fixer le prix de nos cultures nous-mêmes», insiste Toguo qui a commencé la torréfaction du café à l’effet de le transformer sur place. Un acte militant et même politique donc Toguo n’est pas peu fier. Pour lui, «Ce volet d'intégration environnementale et d'expérimentation sociale se veut un exemple pour la jeunesse locale afin de créer des liens dynamiques et équitables entre le collectif d’artistes associés au projet et leurs hôtes et démontrer qu’il faut aussi croire à l'agriculture pour atteindre notre autosuffisance alimentaire». Ici également, l’art est au rendez-vous. Chaque parcelle, il y en a cinq en tout, comprend des constructions dont l’architecture détonne d’avec le magnifique paysage alentour. Sur le flanc des collines en effet, Toguo a fait bâtir des constructions aux motifs artistiques qui ne sont pas sans rappeler Bandjoun Station. Sur les murs des maisons avec des toits coniques, un carrelage subtil fait apparaître nettement des œuvres picturales. Quand ce ne sont pas les doigts de la main, c’est une tête qui crache du sang par goutte. Signe sans doute du labeur qu’il y a à travailler sur les flancs. Avec à chaque fois une forte présence du noir sur des couleurs plus brillantes et chatoyantes. Toguo fait d’ailleurs savoir que ces motifs sont fait express vu qu’ils permettront aux artistes en résidence qui le souhaitent de venir travailler dans la nature profonde où les cris d’oiseaux migrateurs et la verdure se le disputent avec de magnifiques vues sur la ceinture montagneuse alentour.
Toutes choses qui ne sont pas rien dans le désir du plasticien d’effectuer son retour au pays. C’est ainsi que Toguo a construit un gigantesque atelier à un km de Bandjoun Station. Où sur deux étages et un sous-sol, il compte se retirer pour ses prochaines créations. Ici aussi, les murs sont décorés de motifs accueillants. Des motifs réalisés par Toguo himself. Encore en chantier, il ne transfère pas moins chez le visiteur l’impression de gigantisme qu’il dégage. Là où l’on pensait à un atelier vétuste, l’artiste a aménagé des salles de travail, de spectacles et de rencontres d’avec des artisans du village. Nul doute que pareil lieu secrétera bientôt des œuvres d’une portée internationale. Pour l’heure, Toguo fait simplement savoir que ce lieu n’est pas simplement un atelier. Il pourra se muer à l’occasion en espace de réjouissance publique, engoncé qu’il est au pied d’un relief où la fraîcheur de la nature n’a pas encore été saccagé par les affres de la modernité.

Parfait Tabapsi

mercredi 4 décembre 2013

Manu dibango: le Cameroun au cœur

Portrait musique

A Paris dans les studias d'Africa N°1.
Malgré son départ en 1949 et de nombreux échecs lors de ses multiples retours, ce poly-instrumentiste continue de chanter son pays natal. Et à 80 ans, il réclame avec conviction un conservatoire pour sauver les talents qui s’y trouvent.

Manu Dibango est un géant. Au propre comme au figuré. Et quand vous le croisez en dehors des sunlights, il vous apparaît plus grand encore. A le voir assis, on a même l’impression qu’il est une force de la nature. Toujours hilare, il aime d’habitude parsemer les échanges d’un fou rire qui, au fil des ans, est devenu une identité remarquable de sa personnalité publique. Dans les locaux de la radio panafricaine Africa n°1, sis rue Faubourg Saint Antoine à deux pas de la Place de la Bastille, où il nous reçoit à Paris en cette après-midi du 22 octobre 2013, il a perdu ce tic. Il semble plus en colère. Une colère rentrée qu’il ne partagera qu’avec nous et pas avec les auditeurs avec qui il a un rendez-vous hebdomadaire.
Et s’il s’adresse aux auditeurs du continent et de sa diaspora à qui il parle des musiques d’Afrique, il n’en demeure pas moins foncièrement camerounais. Arrivé en France après la 2è Guerre mondiale pour poursuivre ses études, il continue de marteler qu’il n’a pas changé. «J’aime le Cameroun, et après, il y a ce qui est dans ce pays et qui va du malus au bonus !». Il insiste pour dire à l’occasion qu’il n’est pas «un musicien camerounais. Je suis un musicien d’origine camerounaise. Ça me permet de ne pas avoir la charge d’être responsable de quelque chose où je ne devais pas l’être. Je suis un peintre qui se sert des couleurs. En restant musicien d’origine camerounaise, j’ai ma liberté de peintre», argumente-t-il.
Son rapport avec le Cameroun dans sa carrière commence en 1963. Installé à Kinshasa, où il avait ouvert un cabaret, il décide de rentrer au bercail sous le conseil de son père. A Douala, il ouvre un autre cabaret. Qui fera long feu, du fait, explique-t-il dans un livre-interview paru il y a une vingtaine d’années, du non-respect des règles de gestion et de l’envahissement de la famille. Ruiné, il repartira en France. Pour revenir au début de la décennie suivante. C’est chez ses parents à Douala qu’il goupille son succès planétaire ‘Soul Makossa’ en effet. Un titre qui au départ devait meubler la face B du disque commandé par l’Etat comme hymne pour la coupe d’Afrique des nations de football qu’organise alors le Cameroun en 1972.
Conservatoire
Ce succès, loin de l’éloigner de son pays, va l’y ramener moins d’une décennie plus tard. Cette fois, il s’installe à Yaoundé où il ouvre un autre cabaret. Nouvel échec. Un peu comme si la terre natale ne voulait pas de lui. De cette période, il dit ne pas garder d’amertume et dès qu’il se rend à Yaoundé, comme il y a quelques semaines, il rend visite à des amis avec qui il parle du bon temps. Dernièrement, il dit avoir rencontré le président de la République à qui il a confié, sur le ton d’une boutade : «M. le président, on danse beaucoup au Cameroun». Une façon à lui de mettre en garde contre la dérive jouissive du corps social qui tend à faire son lit, mais également sur la nécessité d’encadrer ces talents qui n’en finissent plus de poindre. Il dit avoir eu l’oreille de son illustre interlocuteur qui a d’ailleurs demandé à ses collaborateurs de prendre note. Il rappelle au passage et pour l’histoire : «Je me souviens de mon retour au Cameroun le 6 janvier 1963 ; c’était un dimanche. Le lendemain, je suis allé voir Mouasso Priso qui était à la radio avec Jacques Ndicki et, au cours de l’interview, j’ai dit qu’il fallait ouvrir un conservatoire chez nous. Et là on est en 2013 !»
En compagnie de son biographe Gaston Kelman.
Il espère que l’Etat viendra un jour à résipiscence et ouvrira «au moins un conservatoire. Il nous en manque et c’est bien à l’Etat de le faire, par ce que si les privés s’en chargent, très peu d’élèves de classes moyenne pourront y séjourner du fait de la cherté de la scolarité». Il le dit avec sérieux, ajustant ses lunettes de soleil sur un visage plutôt triste. Et ce même s’il reconnaît que «la culture [lui] pose problème. Je ne sais pas s’il y a un projet». Un projet du type «Fleurs musicales du Cameroun», du nom d’un disque paru il y a 30 ans. Et qui rassemblait la crème des musiciens camerounais du moment dans un double disque à succès. Une idée de Guillaume Bwelé, ministre de la Culture d’alors. «On a fait les artistes qu’il y avait à l’époque. Et si certains ont disparu depuis, il y a au moins une trace. Mais où en est-on avec le 2è point ? Y a-t-il un projet dans ce sens ?»

Des questions qui signifient son spleen pour un pays qu’il porte toujours dans son cœur et dans son carquois artistique. Un pays pour lequel il continue d’être un ambassadeur. Lui qui persiste à chanter en langue douala, «par ce que je pense que c’est à partir d’elle que je fais la musique. C’est cette langue qui me donne le son». Tout comme la ligne rythmique de son orchestre depuis 20 ans repose sur des musiciens camerounais. Dans quelques jours, il sera à Yaoundé avec sa famille. Peut-être qu’à l’occasion, il aura une réponse à ses questions. Ou pas. Mais pour lui, la vie continuera, empêtré qu’il est en ce moment dans la tournée de ses 80 ans. Une tournée qui ne passera pas par le bercail où il veut éviter de «faire le concert de trop».
Parfait Tabapsi à Paris