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samedi 24 août 2013

Olivier Madiba : Nous voulons valoriser la richesse culturelle de l’Afrique

Lors de la présentation du projet aux patrons camerounais.
Le concepteur du «Kiro’o Tales» explique ici les enjeux de son projet de jeu vidéo et fait le point sur son évolution.


En quoi consiste le projet Kiro et quel en est la justification ?
Ce projet se décline en 3 axes principaux : créer un genre Kiro’o Tales qui est une méthodologie narrative, visuelle et sonore. Et qui sera la signature des œuvres multimédia (jeux, livres, films, etc.) africaine pour valoriser nos cultures. Nous reprenons avec nos outils la même logique que le Japon quand il a inventé «Mangas» ou les Américains quand ils ont inventé le Comics par exemple. Le 2è axe concerne l’ouverture d’un studio Kiro’o Games, le premier studio professionnel de jeu vidéo au Cameroun. Pour réaliser des jeux vendus par internet aux USA, en Europe et en Afrique. Nos jeux seront pour la plupart justement créés avec la méthodologie «Kiro’o Tales». La création des jeux vidéo de qualité internationale, tel qu’AURION, est le 3è axe. Notre premier projet de jeu professionnel qui devrait sortir en mi 2014 normalement.

Très bien. Et le contexte alors ?
Le projet repose à ce niveau sur trois éléments : d’abord par rapport à un vide sur le plan socio culturel : les jeunes africains, ne lisent pas beaucoup hélas, et nous n’avons pas réussi à créer un bon système de transmission orale de masse de nos traditions, au cours de notre urbanisation. Par contre vu qu’ils jouent tous, ce serait magnifique de leur transmettre les valeurs et des modèles auxquels s’identifier à travers les jeux vidéo et les personnages virtuels. De plus, l’Afrique ne compte presqu’aucune représentation dans le média du jeu vidéo qui est aujourd’hui devant le cinéma en terme de loisir contemporain. Il y a ensuite un vide dans l’industrie du jeu vidéo. Le monde du jeu vidéo vit une grosse crise de créativité, les sources d’inspirations générales (mythologie et thématique occidentales ou orientales) sont surexploitées depuis plus de 20 ans, ce qui lasse les joueurs. Alors que la richesse culturelle de l’Afrique reste un terrain vierge qui peut relancer le secteur vers de nouveaux horizons créatifs si elle est bien mise en forme. Cela aboutit dans un 3è temps à une opportunité économique. Les coûts de production sont très élevés pour un studio à l’étranger (4 ou 5 millions de dollars pour un jeu moyen), alors que ce budget serait divisé par quatre pour une équipe camerounaise très bien payée localement. Les jeux se vendent aussi par Internet aujourd’hui, ce qui a abattu la frontière industrielle de production, nous sommes donc au bon moment pour nous lancer.

Etant donné le retard technologique du Cameroun, comment pensez-vous arriver à vos fins et mettre sur le marché, à échéance prévue, le jeu?
Réaliser un jeu vidéo de l’envergure de «AURION» exige un matériel informatique grand public. Le Cameroun a à cet effet tout ce qu’il faut à son actif avec les facilités douanières d’importations pour le matériel informatique, ou même l’accès à la fibre optique et l’électricité domestique qui a bénéficié de la centrale à gaz de Kribi dernièrement. Donc d’un point de vue technologique tous les voyants sont au vert. L’essentiel du travail est surtout concentré sur le travail humain, ce qui demande du talent et beaucoup de compétences diverses. Notre équipe triée sur le volet réunit toutes ces compétences.

Vous avez opté pour la valorisation du patrimoine culturel africain. N'est-ce pas là un frein ou un obstacle dans votre volonté d'irradier sur le monde entier?
Au contraire, c’est même justement parce que nous avons choisi cet axe que le monde nous regarde en étant curieux. Si nous nous étions contentés par exemple de faire des «jeux de ninja» avec juste des noirs, pour ne prendre que cet exemple là, ça n’aurait eu aucun intérêt pour les joueurs. Notre position nous rend visible, mais nous n’aurons droit qu’à une chance pour créer le buzz avec un produit de qualité exceptionnelle.

vendredi 23 août 2013

Yaoundé : Incursion à l’espace culturel FIIAA

Depuis un an, son promoteur André Feze se démène comme un beau diable pour contribuer à la diffusion artistique. Visite guidée d’un espace qui commence à faire parler de lui.

Convoqué par le téléphone arabe, le public a répondu. En nombre et avec ferveur ce samedi 13 juillet 2013. Un public qui a pour ainsi dire envahi la terrasse arrière de l’espace culturel et de loisirs dénommé FIAA au quartier Nsimeyong à Yaoundé. Public qui n’a pas boudé son plaisir toute la soirée durant, servi qu’il était par une joyeuse troupe de slameurs avec un lieutenant comme on n’en trouve pas souvent dans le milieu : la jeune Lydol. Une jeune étudiante qui a pris date à travers une prestation qui a convoqué en même temps la déclamation mesurée de ses propres textes, le chant et l’action. Le tout dans une mise en scène et une scénographie pour laquelle son mentor, le poète et scénographe Fleury Ngameleu, aura été plus qu’un recours utile. Pour une première, ce fût donc un succès pour Lydol dont le père présent ne doit pas être peu fier. Une Lydol qui pour l’occasion avait invité ses potes du Ongola Slam Café qui, pour ceux qui ne les connaissaient pas, ont fait montre d’une maîtrise certaine dans l’écriture poétique ainsi qu’une prestation scénique qui exprimait la gravité des thématiques explorées comme l’amour, la galère, l’unité africaine, etc. Une jeunesse décidée à conjurer l’abandon dont elle est l’objet de la part des gestionnaires de la chose publique et qu’un aîné dans le milieu en la personne de Sadrack du groupe de rap Négrissim est venu conforter à travers une prestation remarquée.
Ce spectacle, loin d’être une première pour cet espace, entre en droite ligne de l’esprit du centre culturel FIAA. Un mot qui dans les langues de l’Ouest Cameroun exprime la joie, le jeu, le plaisir. Pour le promoteur André Feze, le centre n’est pas seulement cela. «Au-delà de cette signification littérale et somme tout appropriée cependant, il faut comprendre que notre volonté en ouvrant cet espace au public est de lui permettre de donner sens et corps à sa passion dans le domaine des arts. Car on ne s’amuse pas par hasard, on ne choisit pas un loisir pour rien. Je reste convaincu qu’on choisit un loisir par passion et avec liberté. Dans le jeu, il n’y a d’ailleurs pas de limite». On ne vient donc pas à FIAA comme si l’on allait à une promenade. Il n’est pas question ici de jouer simplement avec des objets, «il y a aussi l’idée qu’on peut au terme du jeu rendre concret et visible pour soi et les autres sa passion», poursuit Feze. Une façon pour lui de faire comprendre que son espace se veut le creuset de la créativité inhérente en chacun de nous.
Un esprit qui fait son bonhomme de chemin depuis l’ouverture voici un an exactement. Ouverture qui avait vu la contribution de plasticiens issus de l’Institut de formation artistique de Mbalmayo (IFA). A l’occasion, Feze avait d’ailleurs insisté sur ce que FIAA était dédié à la création et à la diffusion. Un an plus loin, ce n’est guère le temps du bilan. Mais déjà, il sait qu’il est dans le vrai de son idée et ne demande qu’à aller de l’avant. Car en 12 mois, le centre a montré sa multifonctionnalité pour nombre d’activités charriées par l’art à Yaoundé. Et le concert de samedi 13 juillet pourrait être considéré comme allant dans ce sens-là. Car sur cette terrasse, les arts du spectacle peuvent s’exprimer (concert de musique, pièce de théâtre, humour, spectacles de conte, etc.), avec une capacité de 130 personnes assises dans un espace couvert. Et si le besoin se fait sentir, l’espace qui comprend une scène peut accueillir une trentaine de personnes supplémentaires dans une configuration où elles seront debout. Cet espace comprend en arrière fond un bar qui indique bien qu’en dehors des spectacles, des activités ludiques peuvent y être exécutées sans anicroche. Le promoteur et son équipe réfléchissent actuellement à comment en faire un espace de restauration rapide aussi. Ce qui pourrait donner naissance à des «soirées gastronomiques spéciales» qui permettront d’exposer le savoir-faire culinaire camerounais dans toute sa diversité et sa luxuriance.

jeudi 22 août 2013

L’enseignement de toutes les peines

Livre

Avec son premier roman, Kayabochan pose le diagnostic d’une profession plus sinistrée qu’il n’y paraît.
L’enseignement, noble métier ? Oui. Mais ailleurs. Pas au Cameroun. Qui a, depuis la crise économique de la fin des années 80 et l’ouverture démocratique, maille à partir avec ce corps en charge la formation de son élite. A tel point qu’être enseignant aujourd’hui au Cameroun c’est accepter de se mettre dans une situation pour le moins inextricable qui aboutit indubitablement à la dégradation du corps social tout en obérant l’avenir d’une nation qui, on ne le dira jamais assez, a plus d’un atout pour sortir de la misère généralisée.
Comme le démontre Kayabochan dans son roman «La craie noire», ce n’est pourtant pas la vocation qui manque. Ou même le potentiel. C’est plutôt le système, fait de corruption, d’injustice, de tribalisme, de favoritisme, et j’en oublie, qui tire l’enseignant et son métier vers le bas. Vers l’abîme même tant la posture d’enseignant souffre d’une sorte de travestissement et d’irrespect. Au Cameroun, comme sans doute ailleurs pourtant, l’enseignant est au carrefour d’un repère auto-normé. Sur la ligne horizontale, celle des abscisses, il constitue avec la communauté de ses collègues et des parents d’élèves une famille dont l’apport est déterminant pour la réussite des enfants. Sur la ligne verticale, celle des ordonnées, le prof est au milieu d’une relation qui fait de lui un exécutant et un ordonnateur en même temps. Exécutant du point de vue administratif, ordonnateur du point de vue pédagogique.
Tout serait simple si ce repère était autonome et que l‘enseignant avait une marge de manœuvre suffisante pour former le Camerounais de demain. On en est loin comme le fait savoir en filigrane Kayabochan. Clochardisé, l’enseignant joue d’abord sa survie, y pense en premier. Vivant dans la misère souvent comme son héros, il se doit de subvenir au besoin de la maisonnée si ce n’est de la famille ; avant même les siens. Puis, il doit former des élèves qui ne lui facilitent pas la tâche du fait de leur indiscipline souvent encouragée par les parents eux-mêmes. Après quoi il doit subir les ordres et contrordres, souvent tordus et dépourvus de tout bon sens, de la hiérarchie administrative. Le tout avec parfois un zeste de mépris et de condescendance.
Réduit ainsi à avaler des couleuvres au quotidien, sa fonction sociale s’en trouve affectée pour le mal d’une société camerounaise dont les priorités gouvernementales semblent confiner à l’accumulation sans réserve et tous azimuts. Résultat des courses, l’enseignant se retrouve à penser «qu’aucun métier ne nous fait mieux sentir parfois la monotonie de la vie que l’enseignement». Et pour conjurer cette monotonie, rien de mieux que de plonger dans «la malédiction des enseignants (à savoir) les vacations dans les établissements privés», qui en fait multiplie les problèmes plus qu’il ne les résout.
Avec ce beau texte, Kayabochan, qui commet là son premier ouvrage perso, nous renseigne sur un métier qu’elle pratique depuis près de deux décennies. Dans une langue châtiée qui gagnerait pour les prochaines créations à être plus serrée dans la narration, surtout si elle veut suivre les pas de ce Séverin Cécil Abéga qui lui a «transmis le goût de l’enseignement des lettres», qui était un conteur né, et à qui elle rend hommage dès le frontispice. On sort de son récit un peu ébaubi par la réalité dans les lycées et collèges, mais surtout groggy. Tant ce métier ainsi dévalué est central dans le développement de toute nation. L’Etat camerounais saisira-t-il cette balle au bond pour en faire un élément de poids dans sa lancée vers l’émergence ?
Parfait Tabapsi
Kayabochan, La craie noire, Yaoundé, Editions Ifrikiya, avril 2013, 152 pages.

mercredi 10 juillet 2013

Richard Bona, la montagne de Minta

La pochette.
En 1996 dans un livre qui marqua les esprits, le critique camerounais Ambroise Kom mettait son lectorat en garde contre l’étiquetage. Cette tendance qui consiste à marquer un individu d’une étiquette en dehors de laquelle il n’est plus reconnaissable, et ne vaut donc plus grand-chose aux yeux de celui qui le juge souvent avec de fausses lunettes. Ce livre (Education et démocratie en Afrique, le temps des illusions, Paris, L’Harmattan) présentait des réflexions d’un universitaire sur les questions cruciales par temps de crise sociale généralisée en son pays. Une sonnette d’alarme qui a inspiré certains depuis et que le nouvel album de Richard Bona, disponible depuis quelques semaines, est venu rappeler.
Car avec «Bonafied» (Paris, Universal), difficile de classer le bassiste camerounais né à Minta voici 46 ans. Lui qui au fil des rencontres et des albums, c’est le 7è projet de studio, donnerait bien du fil à retordre à qui voudrait l’enfermer dans un genre particulier. A écouter les 11 titres, tout Camerounais sent bien qu’il est un compatriote, ne serait-ce qu’au niveau de la langue douala qu’il manie à merveille. Mais au-delà, difficile de dire s’il est de l’Est, du Littoral, du Centre ou de l’Ouest. Tant son socle géographique inspirateur embrasse toutes ces régions sans gêne ; mieux avec un certain génie.

A l’international, difficile de dire s’il fait du jazz, du blues, de la world ou de l’afro. Son génie est sans doute là : fédérer toutes ces fragrances et se faire aimer d’un bout à l’autre de cette planète finalement petite pour notre Bona qui a fait des rythmes latino une marque de fabrique lors de ses récents concerts. Une approche singulière et en phase avec l’art contemporain en général qui se veut sans frontières. Et qui a peut-être fait dire à un internaute sur Youtube, commentant la vidéo live de ‘Muléma’, un titre de «Bonafied», en compagnie d’un orchestre symphonique à Amsterdam, que le bassiste-percussioniste-chanteur-guitariste-body instrumentist-choriste était une montagne. Que les tenants de l’étiquetage à tout va auront du mal à contourner.


Richard Bona, le chercheur de Cameroun
Ceux qui ont suivi particulièrement ces deux dernières années le génie camerounais de la basse subodoraient que son prochain projet de studio sentira un doux parfum latino. Lui qui ne cesse ces temps derniers justement de tourner sur les scènes prestigieuses du monde avec l’orchestre dénommé Mandekan Cubano avec lequel il se donne à cœur joie dans cette esthétique qui n’est pas sans rappeler la terre qui l’a porté et qu’il ne cesse d’honorer au fil de ses albums solo, avec une détermination et une application qui frise une intrépidité de gladiateur.
Ces mélomanes donc ont été pris à contrepied avec ce cru 2013 au titre évocateur de Bonafied. Un jeu de mots à partir de l’expression latine «Bona Fide» (bonne foi), qui se traduit par «authentique» en anglais. Un contrepied qui reprend avant tout les constantes chères à ce musicien qui doit sans doute son ascension à la localité de Minta où son grand-père l’a initié aux mélodies et rythmes que l’adolescence et sa vie au-delà de son pays lui ont permis de mûrir. C’est d’ailleurs à ce grand-père maternel, Messanga, à qui d’ailleurs il avait fait un clin d’œil dans son premier opus, qu’il dédie ce projet, un peu dans la foulée du précédent qu’il dédia, en 2008, à sa mère. Une première constante qui en appelle une deuxième centrée sur le côté généreux de Richard Bona. Qui prend un malin plaisir à continuer à refuser d’autres chœurs que les siens, quitte à parfois en abuser sans toutefois lasser son auditoire. Ce qui néantise toute idée d’ego surdimensionné est que ces voix chez Bona sonnent comme une signature et non comme un penchant mégalomaniaque. Tout comme sa volonté de titiller plus d’un instrument que l’on peut interpréter comme une envie de voir les choses bien faites par le perfectionniste qu’il est. Sinon, comment expliquer qu’ici comme dans The ten shades of blues il ait fait appel à des instrumentistes comme le guitariste Sylvain Luc,  le jeune trompettiste Michael Rodriguez, avec qui il a fait le voyage de Yaoundé récemment, ou encore  le batteur Obed Calvaire -qui étaient déjà de la partie en 2009- pour des partitions précises sur des titres de ce nouvel album ?
L’autre constante c’est le recours quasi exclusif au Bana na é, la langue duala. Qu’il manipule jusque dans son intime subtilité avec les intonations qu’elle appelle et qu’il sait céder au français avec une transition quasi parfaite comme c’est le cas dans ‘Janjo La Maya’. Là c’est pour la forme.
Sur le fond, Bona s’appuie comme toujours sur les rythmes de chez lui, donnant corps à cette pensée du philosophe camerounais Fabien Eboussi Boulaga pour qui chacun s’exprime à partir de quelque part. A écouter Bona, on a comme l’impression qu’il dit au monde que son pays est un terreau où foisonnent des rythmes qui mériteraient attention tant leur pertinence rythmique ainsi que leur capacité à se laisser prendre par des thématiques divers plaident pour cela. Le dire c’est peut-être enfoncer des portes ouvertes, mais chez lui ces musiques ont un goût assez particulier, raffiné. ‘Mulema’ ou ‘Socopao’ sont à situer à cette aune là. En faisant un clin d’œil à celui-là qui vit le musicien en lui alors qu’il n’avait que trois ans, devait-il alors offrir des compositions plus dansantes ? L’histoire ne dit pas si Bona s’est posé la question, mais il n’est pas interdit d’imaginer qu’elle lui est passée à un moment ou à un autre par la tête. Lui en tout cas a décidé que cet hommage sera majoritairement acoustique, sans doute pour rappeler la pureté des rythmes de son terroir et la nature qui les accouche. N’y a qu’à bien écouter ‘Uprising of kindness’, ‘Mulema’ ou 'Tumba la Nyama' pour s’en rendre compte.
L’on ne saurait pour terminer ne pas relever ce penchant, cette corde sur laquelle tire Bona, au risque de la briser d’ailleurs, et qui consiste en un concert de voix, les siennes, qui sonnent comme des ritournelles propices aux soirées de conte au village ou aux réunions des femmes qui n’ont souvent que leurs voix pour tout instrument. Un art des voix qui n’est pas sans rappeler ces fameux «romans choraux» dont les Russes Alexandre Adamovitch et Svetlana Alexievitch ont fait une marque de fabrique et qui racontent, entre autres, les peines des femmes de soldats qui attendent, les yeux rivés vers l’horizon, et souvent en vain,  le retour annoncé des amours de leur vie. Les mélomanes seront sans doute dubitatifs devant cette proposition qu’il convient d’écouter plus d’une fois avant de se faire une opinion étayée, tant les subtilités qu’elle recouvre n’apparaissent pas à première vue. Un contre-pied qui au final n’en est une qu’à moitié si l’on pense à l’inscrire dans la lignée du travail artistique titanesque d’un Bona qui n’a décidément plus rien à prouver, mais à qui l’on demandera désormais de pousser son petit jeu encore plus loin. Surtout pour l’ambassadeur qu’il est désormais pour le Cameroun. Car ici plus qu’ailleurs sans doute, le rythme est certes dans la peau, mais n’a pas encore été butiné dans son entièreté. Vous avez dit travail titanesque ?
Richard Bona, Bonafied, jazz, universal, avril 2013, 11 titres
Parfait Tabapsi

mardi 2 juillet 2013

Émile Youmbi: au commencement était la BD



Emile Youmbi en son atelier d'Odza, Yaoundé; juin 2013.

portrait, arts plastiques

Le plasticien qui nous a reçu en son atelier à Yaoundé compte deux décennies d’expérience dans un domaine qui l’a vu sacrifier ses études pour réussir à la force du poignet. Récit. 

Pour la 9è édition de l’exposition d’art contemporain au Cameroun à la Maison de la coopération allemande à Yaoundé, les organisateurs ont jeté leur dévolu sur Emile Youmbi. Lui à qui était ainsi donné l’occasion de présenter une partie de son travail à une assemblée de connaisseurs qui a ses habitudes ici depuis 2011, depuis que cette institution a décidé, sans être une galerie, de mettre sa salle de conférences et sa cantine sur une brève période à la disposition d’artistes. Histoire de leur permettre de faire voir leur travail et ainsi procéder à la vente des œuvres qui le composent.
Le 27 mai dernier donc, c’était autour du peintre et sculpteur Emile Youmbi d’être à l’honneur. Pour cet artiste pas du tout bavard, ce ne fût pas une mince épreuve à l’heure de décliner les composantes d’œuvres ayant pour fil d’Ariane les ombres dont les silhouettes jalonnaient l’ensemble dans une harmonie heureuse sous des couleurs chatoyantes et étudiées.
Un travail qu’il a préparé loin de là, au quartier Odza où il vit et travaille. Ici, renseigne-t-il quand nous lui rendons visite quelques jours plus loin, l’atelier est en dehors de la maison par ce qu’il a besoin de «plus de concentration» ; et il lui en faut tant les sollicitations sont multiples et d’origines diverses. Mis avant d’en faire un bref éventail, retour sur cette carrière qui a fait de lui l’une des valeurs sûres de l’art contemporain aujourd’hui au Cameroun.
Il est en effet loin le moment où Youmbi se souvient avoir croisé la route de l’art. Dans ses souvenirs, cela remonterait à la prime enfance et à sa rencontre avec la bande dessinée qu’il a appris à aimer au fur et à mesure qu’il grandissait. La pratique de l’art interviendra quant à elle vers la fin de son cycle secondaire. D’abord à Obala, une bourgade à 30 minutes de Yaoundé. Une pratique qui prend la forme du dessin. Le jeune lycéen reprend en effet des scènes de BD au stylo sur papier blanc. «Jusqu’alors, je n’avais encore jamais vu quelqu’un peindre», se souvient-il. Il prendra ensuite le chemin de Sangmélima, plus au sud du pays, où il croisera son premier mentor qui n’est autre que son voisin de banc en classe de Terminale. Une sacrée pêche dans la mesure où André Seppo Toko arrive de Buea où il avait droit avec ses camarades aux cours d’art, et qui forcément en sait un peu plus que le jeune dessinateur. En voyant faire ce dernier, son nouveau pote lui offre son premier attirail : un paquet de gouaches et du papier Canson. Non sans lui recommander de prendre congé des dessins. Un signe du destin que Youmbi saisit avec gourmandise et entrain. «C’est alors que j’ai commencé à chercher les couleurs et à essayer de les associer tout seul, à multiplier des essais à cette fin à n’en plus finir. J’étais inspiré par ce que je voyais autour de moi».

Université
Très vite pourtant, il faut déménager pour Yaoundé où il doit poursuivre ses études à la seule université camerounaise de l’époque. Il prend alors une inscription au département de Maths ainsi qu’au Club des arts plastiques. Le quotidien au campus de Ngoa Ekellé est tout sauf tranquille avec le mouvement estudiantin Le Parlement et ses leaders qui, à la suite de la première guerre du Golfe s’appellent Schwarzkopf, Powell, etc. et ont adopté le vocabulaire guerrier en cours pour faire entendre leurs revendications pour un mieux être dans ce qui apparaît comme une fournaise. Face à eux, les autorités réagissent avec une certaine brutalité et une rupture entre les deux camps apparaît assez rapidement. Pendant ce temps, Youmbi n’a la tête, les yeux et les oreilles que pour l’art. Car au Club, il a découvert l’art abstrait qu’il veut à tout prix domestiquer. Les maîtres en ce Club ont pour noms Gaston Kenfack dit Ken’s, l’historien Idrissou Njoya, le dessinateur de presse en service à Cameroon Tribune Retin, Goddy Leye, Louise Epée de l’Ensemble national, etc.
Ici, le climat est bon enfant malgré l’environnement difficile. Un cocon où mijotent bien de projets dont cette «Nuit colorée» qui permettra à notre jeune premier de sortir de l’anonymat. «Cet événement consistait pour les membres du Club à présenter leur travail. Avec mes propositions, il m’a de suite été donné le qualificatif de maître de la couleur». Quelques temps après, il participe à la création du Collectif Prim’Art qui prend ses quartiers pas loin du campus, à Obili. «Nous étions de jeunes chercheurs et en tant que tel, chacun d’entre nous avait un axe de recherche et proposait un travail qu’il défendait devant le groupe réuni». Inutile de préciser que les nuits seront longues et que ses études en pâtiront. Il opte alors «sans problème aucun» pour l’art qu’il étreint désormais fermement et qui le lui rendra bien dans les années qui vont suivre.
Car très rapidement, il sera question pour l’ado de plancher sur son expo perso après en avoir multiplié avec ses camarades de cordée. C’est alors qu’entre en ligne de compte le directeur du Goethe Institut Kamerun (GIK), un certain Peter Anders dont l’histoire dira un jour sa part dans l’évolution de l’art contemporain au Cameroun. «Grâce à son soutien, le Club a essayé beaucoup de choses qui n’avaient pas encore pignon sur rue ici -comme l’art public- et qui nous a amenés à faire des interventions artistiques dans les quartiers et les marchés». Mais déjà, le Collectif s’essouffle puisqu’il devient difficile de réunir les membres à échéance régulière, surtout que certains ne vivent plus à Yaoundé. C’est alors que Youmbi présente en solo sa première expo au GIK alors situé à l’Avenue du président Kennedy et intitulé «Iconoclast Masters». Nous sommes en 1996 et les œuvres de l’expo questionnent l’identité de leur géniteur. Un travail qui a permis à Youmbi d’entrer en profondeur de la tradition de l’Ouest Cameroun dont il est originaire pour en sonder les messages et les futilités. Une odyssée qui enfantera d’autres expos sur les années qui vont suivre et qui va aboutir après aux fameuses ombres qu’il continue de butiner encore aujourd’hui.
Dans la foulée aussi, d’autres expos vont suivre à Yaoundé, à Douala (espace Doual’art notamment) et à l’étranger. Suivront également des ateliers de perfectionnement partout où il est invité. Et d’invitations, il y en aura. Tout comme les rencontres avec des ténors du monde de l’art comme celle d’avec le feu Aimé Césaire à Fort de France en 2003 et qui l’a marqué à jamais. Peu à peu au Cameroun, son travail commence à porter ses fruits, même si la critique n’a pas été toujours tendre avec lui à ses débuts. Les commandes aussi commencent à affluer. Ce qui ne l’empêche pourtant pas à continuer son travail sur l’identité. Si avant il était porté par le souffle de la découverte et de la présentation de celle-ci, désormais il questionne la tradition à partir de son propre point de vue. «Avant, je travaillais un peu par procuration, à partir des témoignages et autres discours sur mes observations ; désormais je dis ce que je pense de telle ou telle situation plutôt que ce que j’en entends. C’est à mes yeux une continuité logique, sauf que l’univers n’est plus ma tradition, mais le monde entier».

Expos
En 1999, il expose à Doual’art un «Carré-four» au cours duquel il transforme les coques de voitures abandonnées en sculptures. C’est à cette époque qu’il parcourt la capitale économique en compagnie de ses assistants pour récupérer les carcasses d’auto afin de leur donner une nouvelle vie, trois ans après le travail immense de Joseph Francis Sumégné matérialisé par «La nouvelle liberté» érigée au Rond-point Déido. Ce travail, il le faisait convaincu que «chaque période a son expression». Et si l’on n’est pas d’accord avec lui, il assène : «je le crois d’autant plus que dans la foulée, je me suis mis à incorporer des sculptures à mes tableaux parce que je voulais donner un autre regard sur les volumes». A-t-il pour autant convaincu ? Il préfère poursuivre le récit de cette vie de plasticien qui n’a pas encore livré tous ses secrets.
Quelques temps après, il est retenu pour un atelier de formation en sculpture de bronze organisé à Brazzaville avec le financement de l’Union européenne et qui portait sur la «technique de la cire perdue». Il y mordra comme dans une tranche de pastèque au point d’en faire un moyen central d’élargir sa palette créatrice. «Avant cet atelier, je travaillais déjà avec le fer mais il était trop rigide alors que le bronze est plus malléable». Marqué par cette nouvelle technique, il essayera avec succès l’association, a priori impossible, des deux matériaux.
En 2011, avec son compère Pascale Marthine Tayou, il a donné corps au projet «Les flâneurs» que l’on peut apercevoir sur le pont d’Edéa et qui constituait la partie visible et indélébile du cinquantenaire du GIK (Voir Mosaïques N°003). Une œuvre monumentale dont il n’est pas peu fier mais dont il ne compte pas donner plus de résonnance que cela, englué qu’il est aujourd’hui par un autre projet plus gigantesque encore. Un projet est actuellement en train de mûrir à la Communauté urbaine de Douala (CUD) et pour lequel Youmbi jouera un rôle central : il est question d’ériger une sorte de mémorial en l’honneur d’un fils douala au lieu dit ‘Feu rouge Bessengué’ à Douala. Si le plasticien ne souhaite pas s’étendre longuement sur une œuvre attendue par la CUD et la famille, c’est qu’il est très occupé, «stressé même», par un travail de sculpture de huit œuvres en bronze qui prendront bientôt le chemin de la France où il sera exposé. Avec ses assistants, il y travaille jour et nuit depuis quelques semaines et croise les doigts afin d’être prêt à échéance dite. Un défi pour celui qui a achevé il y a peu une œuvre sur la célébration du cinquantenaire de la réunification du Cameroun actuellement exposé au lieu dit ‘Carrefour Sodiko’ à Bonabéri, ou encore le buste de Senghor réalisé il y a quelques années et qui trône au campus de l’Université de Yaoundé II à Soa.
Parfait Tabapsi

Emile Youmbi en quelques dates
1969 : naissance
1990 : reproduit les BD
1993 : fonde avec d’autres le Collectif Prim’art à l’université de Yaoundé
1996 : première expo perso à Doual’art
2002 : expo ‘Couleurs de la francophonie’ à l’espace Kiron à Paris
2003 : expo ‘Racines et résonnances’ à l’espace Atrium à Fort de France
2006 : participation au OFF du Dak’Art et au salon d’art contemporain de Zurich
2008 : 2è participation à ‘The last picture show’ à Douala et au Palais de l’Unesco à Paris
2012 : expo ‘Regards’ à Louveciennes à Paris

Tamar Tientcheu: le théâtre, ma foi



Portrait

Tamar Tientcheu, Yaoundé, IFC, juin 2013
La comédienne croit en l’avenir du quatrième art et se donne sans compter.

Depuis l’année dernière, le public de Yaoundé ne l’avait vu que de loin. Depuis «Confessions de femmes» -un texte de Wakeu Fogaing mis en scène au Cameroun par Eric Delfin Kwengoué- en effet, on ne l’apercevait ici qu’à travers le tube cathodique –diverses séries-ou alors sous pellicule –le Blanc d’Eyenga notamment réalisé par Thierry Ntamack. Une «absence» que la programmation des Scènes d’ébène a heureusement comblée. Pour elle et pour le public. Car Yaoundé pour Tamar Tientcheu fait partie de l’un de ses endroits qui comptent. Devant le public donc, et sans y avoir été préparée, malgré qu’elle venait de le jouer en France, et plus précisément au Théâtre 95 de Cergy-Pontoise dans le cadre du festival Cultures africaines, elle est montée sur les planches avec une certaine soif. Pour rentrer dans l’univers d’un conte intitulé «La fille au masque de bois». A la grande surprise du public, elle a su donner d’elle-même pour être à la hauteur de cette opportunité, permettant de voir que son carquois artistique avait pris de la profondeur, que sa palette s’était élargie avec bonheur. L’on pourra toujours lui remonter les bretelles sur certaines orientations scéniques mais elle a réussi le pari de faire tenir le public exigeant de Yaoundé jusqu’à la fin.
C’est que chez Tamar Tientcheu, il y a une douce générosité et un sens de la solidarité qui manque souvent au milieu artistique. Et pour mieux saisir cette spontanéité, il faut sans doute remonter à ses origines. En cette année 2002 où elle rejoint une joyeuse troupe composée des Eric Delfin Kwengoué, Norma Ichia, Corine Kameni et autres Charlotte Ngo Ntamack à la Maison des jeunes et des cultures de l’archidiocèse de Douala (MJC). Où sous la coupe de Théodore Kayessé elle va faire ses humanités artistiques et nourrir ses fondations. Deux années durant, elle va s’échiner à tenir le pari difficile de ne pas rester à la traîne d’une équipée qui a depuis montré son know how. Après quoi elle s’en ira voir du côté du Maluki théâtre de son aînée Dovie Kendo. Avec ses camarades, elle donnera vie aux «Petites histoires de Roland Fichet», avant d’enchaîner avec d’autres créations comme «kaba Ngondo» de Jonas Embom.
Malgré tout, la vie artistique n’est pas des plus simples. Au creux de la vague, elle ne pense qu’à se faire un nom. «Je ne suis pas du genre à baisser les bras», lâche-t-elle, un sourire en coin. C’est pourquoi quand elle le peut, elle enchaîne des séances de formation et/ou de recyclage comme cet atelier organisé par la Compagnie Feugham de Bafoussam à Dschang en février 2009 sur le jeu de l’acteur et la mise en scène. Occasion qui lui permettra de nouer une solide relation avec Wakeu Fogaing et Kouam Tawa, les deux têtes de la Compagnie. Qui, après l’atelier, lui ouvriront leurs portes pour continuer à lui instiller cette graine de comédienne qui lui a depuis servi. «A eux, je dois une fière chandelle et ne cesserai de les en remercier. Tout comme je dois beaucoup à d’autres, comme à Tony Mefe, le concepteur des Scènes et à tous ceux avec qui j’ai travaillé jusqu’ici.» si le théâtre ne lui permet pas encore de gagner sa vie, elle reste convaincue que «l’avenir sera autrement. Je demande simplement aux pouvoirs publics de nous aider à y croire.» Pour l’instant, elle travaille à cette fin en étant toujours en forme sur les planches comme on a pu le constater avec son dernier spectacle. En attendant que «Confessions de femmes trouve des dates à l’étranger. Ce spectacle sur le sexe dit faible mérite d’être regardé hors du Cameroun.»
Parfait Tabapsi

vendredi 7 juin 2013

Le pouvoir de l’absent



Théâtre

Jean Felhyt Kimbirima, juin 2013, Yaoundé.
Pour qui n’a pas lu Sony Labou Tansi, le comédien et metteur en scène Jean Felhyt Kimbirima nous l’a rappelé avec force lors d’une adaptation de son texte Le point virgule. Et cela au cours d’une soirée où le public avait répondu présent comme souvent au cours de cette semaine théâtrale qui, sans peut-être rentrer dans les anales, n’en constituera pas moins un moment important de la vie de cet art dans un pays où il a par le passé écrit de belles pages.
Sur la scène de l’IFC de Yaoundé, Kirima a su donner toute la tension que charrie ce texte. Cela en interprétant avec empathie et détermination le personnage de Zenouka qui souffre dans sa chair d’avoir été la main qui a mis fin au séjour sur terre  son frère d’arme, le colonel Adinoso. Un Adinoso qui, sans doute pour étendre son pouvoir, avait cocufié son bourreau au point de lui faire deux enfants dans le dos avec son épouse Yvonne. Et avant de tomber sous les balles, il le fera savoir à Zenouka dont la vie sera transformée à jamais dans la foulée. Cela parce que ce dernier n’arrive plus à donner la pleine mesure de son amour à son épouse en qui il voit et sent la souillure d’Adinoso ; un ressenti qui l’empêche d’assurer comme il se doit son devoir conjugal. Au point où, par amour, il assassinera sa chère Yvonne, croyant retrouver ainsi une ataraxie qui lui manquait tant. Une erreur dont il s’apercevra par la suite avant lui aussi de sombrer dans une descente aux enfers que le comédien laissera au public d’imaginer la fin.
Avec son jeu tout en justesse, le Congolais Kirima a tenté et réussi le pari de rendre intelligible un Tansi que l’on sait difficile. Et ce n’est pas le moindre mérite d’un comédien qui a su se muer également en plusieurs personnages. Le plus fort aura été sa capacité à inoculer au spectateur toute la tension et le tourment existentiel d’un Zenouka qui finalement n’était qu’un simple humain sous son uniforme et son arme. C’est sans doute ce qui a expliqué le costume, le plus simple appareil, du comédien. Une vanité en somme d’un pouvoir terrien finalement infime ou insignifiant devant le pouvoir d’un mort, fût-il absent. Et c’est là sans doute la leçon de ce spectacle où le dialogue métaphysique et physique se mêlait dans une harmonie que seul peut permettre le théâtre total cher aux Africains. De voir ainsi le mort s’installer dans le mental, voire la conscience d’un vivant renforce le postulat de Birago Diop sur ces ancêtres qui sont toujours parmi nous et à qui nous devons respect et considération.
Ce qui est loin d’être l’apanage de ces citadins de plus en plus nombreux qui parsèment les contrées d’Afrique et sont en prise avec les us d’ailleurs qui les confortent dans un hybridisme finalement de mauvais aloi pour l’avenir. Faut-il dès lors craindre une certaine déréliction ? Le spectacle en met en tout cas en garde. Surtout quand on entend Zenouka lâcher dans un dépit existentiel : «en mourant, le colonel Adinoso a tué un vivant, et ce vivant c’est moi». C’est dire combien notre sort est lié à ceux des nôtres qui nous précèdent dans l’au-delà où la vie se poursuit en parallèle à cette terre qui n’est pas finalement simplement de la poussière. Au bout de cinquante minutes, on sort de ce Point virgule transi, non pas de peur, mais de la détermination à avoir plus de considération pour les absents dont le pouvoir est plus grand qu’on ne le croit, mais également pour Tansi que l’on se décide de parcourir à nouveau, plus de 20 ans après sa disparition.
Parfait Tabapsi