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lundi 9 juillet 2012

Serge Hivert: Rendre hommage aux artistes


Dans la vie ordinaire, il est enseignant. Mais sa passion pour le spectacle vivant l’amène à fréquenter les scènes de Yaoundé. Où il s’adonne à sa passion de la photo pour le plus grand bonheur du public qui n’a pas caché sa joie en découvrant «Sous la lumière», l’expo qu’il vient de présenter à l’espace culturel OTHNI. Sur ses motivations et les perspectives suscitées par ce travail, voici ce qu’il en dit.

Vous avez durant le mois de juin 2012 exposé des photos de spectacles présentés à Yaoundé sous le concept «Sous la lumière» à l’espace culturel OTHNI. Quelles raisons vous ont poussées à monter cette expo ?
La principale raison d’être de cette expo était pour moi de rendre hommage aux différents artistes (comédiens, danseurs, metteurs en scène…) ainsi que les techniciens (éclairagistes, ingénieurs de son…) qui travaillent sur des projets de spectacles vivants. Cela parce que je vois beaucoup de spectacles de qualité ici ainsi que des personnes du spectacle qui déploient une énergie incroyable pour monter des projets qui ne rencontreront le public qu’une fois ou deux, et ce souvent dans des salles à moitié vide. Je déplore que le spectacle vivant ici au Cameroun ne rassemble pas plus de gens, qu’il n’y ait pas tant de relais que ça au niveau des médias même si je reconnais par ailleurs le travail de Mosaïques pour faire passer le message important qui est que le spectacle est indispensable dans toute société.
Quelle a été la réceptivité de cette expo ?
Plutôt bonne je dirais ! Il y avait ceux qui étaient aux spectacles que j’ai filmés et qui étaient très contents de retrouver des images desdits spectacles finalement éphémères, parce que lorsqu’on voit un spectacle une fois, il y a des bons moments et quand on en revoit des images, l’émotion est toujours là. Il y avait une autre catégorie de visiteurs qui n’avaient pas vu les spectacles et les photos leur ont donné envie de les voir. Et enfin il y a tous les artistes qui se sont vus, ce qui n’est pas souvent le cas pour eux qui après un spectacle ont rarement l’occasion de revoir leur prestation. C’était alors l’occasion pour eux d’avoir un regard sur leur prestation artistique sur scène et ils étaient plutôt contents. Il y a eu aussi des critiques très intéressantes, notamment sur le lieu de l’expo qui est la salle voisine de celle qui reçoit les spectacles à l’OTHNI. Ils ont découvert qu’avec peu de moyen et un peu de créativité, on pouvait rendre cet espace là vivant par des expositions.
Cette expo avait une dimension humanitaire derrière. Comment cela s’est-il opéré et quelle en était la raison ?
Je ne sais s’il faut appeler cela action humanitaire. Toujours est-il que pour moi il était question de témoigner mon admiration à l’égard de tous ces acteurs du spectacle vivant. Je les côtoie beaucoup et il y a des espaces que j’aime beaucoup comme l’OTHNI qui a accepté cette expo. Comme ce lieu m’accueillait, c’était pour moi normal de contribuer à lui reverser une partie des bénéfices de cette expo ainsi qu’aux compagnies dont j’ai filmé les spectacles sans oublier notre association Trait d’union.
Allez-vous continuer à faire d’autres expositions calquées sur le même modèle ?
Ce qui s’est passé me motive énormément. Il y a beaucoup d’amis de la scène artistique qui m’encouragent à le faire. J’ai toujours des photos disponibles mais à quel rythme puis-je les montrer au public, je ne sais vraiment pas. Les gens du monde du spectacle ont trouvé l’initiative plutôt heureuse, eux qui estimaient qu’il y avait eu jusque là ici très peu de photos de spectacles.
Peut-être que vous pourriez également faire un livre avec votre banque de photos ?
(Rires). C’est une bonne idée à condition de trouver les moyens pour le faire. Le metteur en scène Martin Ambara m’a d’ailleurs avoué que c’était en effet un bon début pour une banque d’images sur les spectacles au Cameroun. Si un jour on me demande de réaliser quelque chose autour du spectacle vivant au Cameroun, je le ferai volontiers.

jeudi 5 juillet 2012

Abok i Ngoma: La 6è édition se prépare


Danse et percussions
Le 16 juillet prochain, le festival international de danse et de percussions Abok i Ngoma franchira sa 10è borne. Et pour l’occasion de cette 6è édition, l’association Meka, cheville ouvrière de l’événement depuis sa création en 2002, a décidé de sortir de la capitale pour faire admirer la danse contemporaine aux riverains des localités d’Ebolowa et d’Akom II au sud du Cameroun. Hier 4 juillet au cours d’une conférence de presse, la présidente de l’association et directrice du festival Elise Mballa Meka a expliqué les orientations et les attentes de son association pour cette édition.
L’on a ainsi appris que de grands noms seront de la partie cette fois. Germaine Accogny, Zab Maboumbou, Florent Mahoukou, Sigué Sayouba et autres Papy Ebotani donneront ainsi le change aux compagnies extracontinentales comme celle de l’Allemande Riki von Falken ou des Etas-Unis (Soul Steps) et d’Australie, car une quarantaine de compagnies sont prévues au programme. En plus des grands noms et de la délocalisation, cette 6è édition sera aussi l’occasion pour les organisateurs de mesurer la qualité du partenariat qu’ils ont conclu avec le ministère des Arts et de la Culture (MINAC) qui patronne par ailleurs le festival cette année. Un partenariat qui, à en croire Mme Meka, constitue la raison du report de l’événement initialement prévu en mars et avril derniers. «La convention nous obligeait à avoir du temps, à avoir une respiration pour organiser au mieux cette édition», a-t-elle ainsi expliqué. Non sans souhaiter que le jeune public sera à l’honneur avec deux soirées de hip hop à lui consacré.
En attendant le 22 juillet et la clôture, le public est convié à la soirée du 16 consacrée aux ballets nationaux et qui mettra en exergue le grand maître tambour burkinabé Amadou Kiénou et le danseur camerounais Ayissi le Duc qui prolongera ainsi la fête de ses 30 ans de carrière. A noter que le village du festival prendra ses quartiers à la Centrale de lecture publique de Yaoundé durant toute la semaine.

Arne Pohlmeier: Il y a une vraie discipline de travail ici



Le metteur en scène allemand fait le point sur l’atelier qu’il a animé avec son compatriote Rolf Hemke et le Camerounais Martin Ambara au laboratoire de théâtre de Yaoundé OTHNI en juin dernier sur le projet d’adaptation des «Brigands» de Schiller.

Comment avez-vous découvert le Cameroun ?
J’ai découvert le Cameroun avec les yeux d’enfant. Mes parents ont travaillé ici, du côté de Bafoussam où nous avons passé quelques années. J’ai donc vécu ici de deux ans à quatre ans et demie à peu près. Mais toute ma vie durant, les premiers souvenirs du Cameroun étaient très forts et je souhaitais garder –je ne sais pas pourquoi- cette connexion avec votre pays. Cela malgré que ma famille a voyagé sur plusieurs continents. J’ai d’ailleurs passé la plus grande partie de ma vie aux Etats-Unis. Pendant tout ce temps, il ne m’était pas arrivé de revenir au Cameroun, jusqu’à il y a deux ans quand je suis revenu à trente deux ans et étant déjà metteur en scène. Une occasion qui m’a permis de rencontrer mes pairs et d’entamer un dialogue avec le Cameroun.

Quels furent donc les premiers contacts qui vous ont permis de revenir cette année pour un projet artistique ?
Le contact le plus important a été celui avec Martin Ambara que j’avais en son temps rencontré à une soirée chez l’attaché culturel de l’ambassade d’Allemagne ici à Yaoundé. Nous avons discuté et sympathisé, puis il m’a invité à son laboratoire ici à l’OTHNI. J’ai alors senti en lui un homme de théâtre qui est vraiment un artiste, qui investit dans le théâtre, qui réussit à travailler dans le théâtre professionnellement et qui a une perspective artistique proche de la mienne. C’est alors que j’ai pensé qu’un rapport professionnel pouvait exister entre nous. Malgré que j’avais un autre projet à réaliser sur le Cameroun, je me suis dit qu’il fallait revenir chez vous pour faire la connaissance du travail existant ici. J’ai alors pensé que l’organisation et l’animation d’un atelier avec les comédiens à l’OTHNI pouvaient constituer la meilleure formule pour connaître le niveau de travail ainsi que la qualité des artistes d’ici. Je m’en suis ouvert à Mme Bark, la directrice du Goethe Institut Kamerun ainsi qu’au dramaturge allemand Rolf Hemke et c’est ainsi que peu à peu nous avons peaufiné ce projet des «Brigands» de Friedrich Schiller.

Vous êtes donc revenu deux ans plus loin pour travailler avec les comédiens et metteur en scène camerounais dans une adaptation partielle de cette pièce célèbre. Pourquoi d’ailleurs avez-vous porté votre choix sur ce texte fondamental du théâtre allemand ?
Moi je voulais trouver un texte allemand, sortir un peu de Shakespeare que je butine assez souvent à Londres où je suis basé. «Les brigands» c’est un texte qui me plaît et je croyais qu’il y avait là matière à travailler et à explorer dans le cadre de ce projet de dialogue entre le Cameroun et mon pays. Ce n’est pas qu’on a choisi ce texte pour faire un commentaire politique sur le Cameroun ou autre chose dans le genre, loin de là.

Et pendant les trois semaines d’atelier, comment avez-vous travaillé ?
Rolf Hemke et moi sommes arrivés la première semaine pour travailler avec Martin Ambara et les comédiens. Rolf avait fait une sélection du texte sur laquelle on allait travailler qui concerne seulement les brigands. Ce qu’il faut dire c’est qu’ le texte comporte plusieurs intrigues que nous avons préféré laisser de côté pour focaliser uniquement sur les brigands. Dans un premier temps, nous avons écouté les comédiens sur leurs expériences avec les bandits et les brigands. Rolf a ensuite constitué une équipe avec laquelle il a travaillé à l’adaptation du texte allemand, traduit en français, en parler camerounais contemporain. Martin de son côté avec une 2è équipe travaillait sur la structure rythmique, musique et chant, pendant que moi je travaillais sur les tableaux et le côté physique de la pièce.

Le rendu de mon point de vue a été intéressant et l’on a du coup envie de savoir ce qui va se passer maintenant et demain s’agissant de ce projet. Y aura-t-il une 2è, voire une 3è phase ?
La 2è phase consistera en des répétitions pour une production ici à l’OTHNI, voire une tournée au Cameroun et même au-delà. Et dans ce cas là, il nous faudra trouver le moyen d’allonger le spectacle en le portant d’une à deux heures environ.

Comment avez-vous trouvé l’ambiance de travail et l’environnement artistique durant votre séjour ?
Je dois dire que c’est vraiment exceptionnel. Je dois dire qu’ici à l’OTHNI il y a une vraie discipline de travail. Par exemple on commençait tous les jours à 10h au complet, déjeunions ensemble et terminions la journée toujours au complet, même lorsque nous prolongions les séances jusqu’à 22, voire 23h. Il y avait également une bonne ambiance collective avec les comédiens. Ce qui m’importait moi c’était la vraie collaboration, car je ne suis pas un metteur en scène qui vient avec toutes les idées pour les imposer aux comédiens. Qui plus est ce projet était basé sur une adaptation dans un parler camerounais. Il y avait donc de la place pour les comédiens qui devaient apporter quelque chose d’eux-mêmes pour le projet. Et les comédiens ont ainsi eu la latitude de faire des propositions que Rolf, Martin et moi étions chargés d’examiner avant de trancher.

mardi 3 juillet 2012

Sacré Ambroise Mbia !


Le monstre du théâtre africain n’a pas failli à sa réputation à l’occasion de son retour sur scène. Retour sur trois soirées …

Les lendemains de guerre civile sont insoutenables. Les blessures récentes, souvent encore ouvertes ne semblent pas vouloir se refermées de si tôt. Cela bien sûr dans les deux camps, sans doute pas avec les même proportions, mais avec la même acuité. Dans le camp des vainqueurs qui doivent donner un sens à leur «victoire» tout en repensant un nouveau vivre ensemble, la tâche est loin d’être aisée comme on pourrait le penser à première vue. Le magnifique texte «La femme et le colonel» du Congolais Dongala le montre à suffisance. C’est du moins ce qu’a laissé paraître la représentation que le Tchadien Vangdar Dorsouma a bien voulu partager avec le public de Yaoundé trois soirées durant à l’IFC à l’occasion du cinquantenaire du comédien camerounais Ambroise Mbia.
Oui, Ambroise Mbia a renoué avec les planches en juin dernier comme prévu depuis de longs mois et avec une gourmandise et un aplomb que l’on ne lui connaissait plus. A la fin de la dernière représentation, il s’en est même trouvé des spectateurs qui ont balancé à l’encan qu’il avait de beaux restes. Un doux euphémisme qui en disait long sur ses prestations successives dans une mise en scène qui ne s’est pas embarrassée d’une quelconque recherche, préférant ne pas prendre de risque pour ce moment somme toute critique d’une figure qui aura traversé le théâtre africain de ses talents multiples.
Ce qui restera en effet de ces représentations seront les performances scéniques des deux comédiens principaux. En premier lieu la Béninoise Florisse Adjanohum, bien connue des spectateurs camerounais et qui aura une fois de plus été à la hauteur de son personnage et de sa réputation. Cela aussi bien à travers sa diction impeccable que les mutations liées à la tension dramatique. On a beau dire qu’elle jouait cette pièce pour la nième fois, il n’en demeure pas moins que chaque représentation constitue un défi qu’elle a mis un point d’honneur à relever avec une dextérité artistique particulière qu’il faut saluer. Le héros du jour a pour sa part été égal à lui-même. Donnant parfois l’impression que le boulot était facile. Concentré, déterminé et plus que motivé, il a ému le jeune public et rassuré celui de sa génération. Sur ce qu’il a montré, il gagnerait sans doute à ne pas délaisser les planches tant son jeu a paru juste, quoique mesuré.
Le metteur en scène, en plus d’avoir choisi de sucrer une bonne partie du texte a échaudé plus d’un. L’on a ainsi pas compris que le passage sur le déshabillage complet ou presque du colonel n’ait pas trouvé grâce à ses yeux, ce qui aurait par ailleurs accru la tension dramatique. On pourra aussi lui reprocher d’avoir opté pour une mise en scène classique là où l’histoire permettait une plus grande variation. La vieille école diront ses contempteurs qui ne manqueront pas au passage de signaler sa révérence pudique dans les coupes du texte. Travail qui aura cependant eu le mérite, quoique la régie manqua par moment de créativité, de restituer une situation quasi réelle avec une charge émotive certaine.


S’agissant de l’histoire, Dongala campe la rencontre d’une veuve violée d’avec son bourreau. Bourreau qui a usé de sa position dans la hiérarchie de l’armée pour piller, tuer et surtout violer à tout va. Et qui 10 ans plus loin ne reconnaît pas l’une des nombreuses victimes à qui il a administré un viol cinglant avant de faire brûler ses mari et fils. Mû par son instinct de violeur, il ne voit face à lui dans la confrontation qu’une nouvelle proie qui lui permettra de mettre en épreuve sa fameuse théorie qui veut que «chaque fois (qu’il) tire un coup (il) sauve des vies». Une fois face à la vérité venue à découvert, il redevient lui aussi une victime devant la femme. Avec ce texte, Dongala a sans doute voulu magnifier le pardon féminin ainsi que la réconciliation nécessaire après les tueries de la guerre civile. Rappelons que l’ouvrage est paru en 1996, c’est-à-dire à la fin d’une première guerre civile due aux hoquets de la démocratie et l’élection du de Pascal Lissouba au Congo. Un cri qui ne fut malheureusement pas entendu comme allait le démontrer la 2è phase qui allait permettre à Sassou Ngusso de reprendre la main et le pouvoir avec ses soutiens français laissant sur le carreau des hordes de Congolais humiliés et tués durant des mois.
La femme et le colonel d’Emmanuel Dongala, mis en scène par Vangdar Dorsouma et Elise Mballa Meka, avec Ambroise Mbia, Florisse Adjanohoun et Ousmanou Sali, scénographie d’Alvarez Dissaké, costumes de Blaz Design, régie de Maurice Essomba